Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Des nouvelles du Brésil

carte du Brésil

Roberto de Valicourt est missionnaire dans le Nordeste brésilien depuis cinquante ans, à Manaus. Résolument engagés dans la pastorale missionnaire auprès des Indiens, il est témoin de la montée de violence qui gagne la société brésilienne, et encore plus depuis l'élection d'un président d'extrême-droite. Pourtant, au coeur de cette "nuit", l'Evangile continue de briller, discrètement mais résolument.


“O povo que andava na escuridão viu uma grande luz;
para os que habitavam nas sombras da morte,
uma luz resplandeceu.” (Isaías 9,1)

« Le peuple qui marchait dans l'obscurité
a vu une grande lumière ;
pour ceux qui habitaient à l'ombre de la mort,
une lumière a brillé. »


Chers parents et amis,

A l'approche de la grande fête de Noël je viens vous retrouver et vous embrasser. J'aimerais partager avec vous les ténèbres que nous traversons et la lumière qui nous fait vivre.

Comme vous savez je travaille au service des indiens de la ville de Manaus à partir d'un petit groupe de la Pastorale indienne du diocèse de Manaus. Nous étions cinq : deux mères de famille du peuple Sateré Mawé, un jeune père de famille du peuple Tuyuka, un prêtre du Costa Rica, missionnaire Combonien et moi.

Humberto Tuyuka habitait avec sa femme et sa petite fille de cinq ans dans une maison construite au bord des égouts. Il avait une formation universitaire et nous aidait beaucoup avec son Notebook. Les trafiquants qui habitaient près de chez lui voulaient lui imposer de travailler avec eux. Il a toujours refusé. Alors qu'il revenait d'une réunion de la pastorale, après midi, les trafiquants, ses voisins, l’attendaient. Ils l'ont tabassé à mort et l'ont jeté dans les égouts. Il a résisté quelques jours à l'hôpital mais il n'a pas survécu à tant de violences. Maintenant, les trafiquants menacent de mort sa femme et son neveu qui l'ont secouru et nous ont filmé à l'hôpital et à la morgue où nous l'avons accompagné. Ils nous menacent nous aussi. Sa femme a dû s’enfuir et abandonner sa maison avec tout ce qu'elle possédait. Elle a quitté Manaus avec son neveu et sa petite fille.

Je ressens très fort cette mort pour deux raisons : c'était pour moi, pour nous, un ami, un frère, et il nous aidait beaucoup, de façon très compétente. Nous vivons dans un climat de violence et de peur. Les jeunes n'arrivent pas à trouver d'emploi et sont exploités par ces trafiquants qui sont organisés en factions criminelles. Le jeune doit vendre de la drogue, et s'il n’arrive pas à rembourser le trafiquant, il est abattu, parfois torturé et découpé en morceaux. La police laisse faire ou tue avec la protection de la loi de légitime défense, encouragée par notre Président d'extrême-droite. Ceux qui sont emprisonnés se divisent entre factions ennemies et s'entre-tuent. Manaus est une plaque tournante du commerce de drogue et de la contrebande d'armes qui viennent de Colombie, du Pérou ou de Bolivie. Ce trafique à grande échelle est aux mains de riches commerçants, députés, sénateurs... Il nous faut vivre dans cette ambiance. Nos anges gardiens ont bien du travail!

Mais entre ces nuages sombres et chargés s'ouvre parfois une éclaircie et le soleil brille et réchauffe :

Je rentre d’un voyage au fond de l’Amazonie où j'ai vécu des jours merveilleux. Je me suis rendu dans le diocèse de São Gabriel da Cachoeira pour une ordination. En partant de Manaus, nous avons remonté en bateau rapide le rio Negro sur 1.200 kilomètres (dont 860 en ligne droite !). Le diocèse a une superficie de 286.866 km². En comparaison, la superficie de la France est de 643.801 km² !

Sur ce diocèse vivent 23 peuples indigènes qui parlent 18 langues différentes. Dom Edson, l'évêque, nous a accueillis très fraternellement. Il suit la spiritualité de Charles de Foucauld. Le jour suivant, nous avons continué notre voyage sur le rio Negro, puis sur le rio Uapès. Mais c'était une toute autre embarcation, d'une lenteur désespérante. Heureusement, nous avons pu suspendre nos hamacs. En me balançant dans le mien, je pensais au courage des premiers missionnaires. Avec les soldats portugais, ils remontaient le fleuve Amazone en bateaux à rames !!! Il fallait des mois ! Les portugais attaquaient les villages indiens et capturaient les hommes, les obligeant à ramer, et pillant tout ce qu’ils pouvaient manger. Un Jésuite me racontait qu'à une certaine époque, en dix ans, 43 jésuites sont morts.

Au début de la nuit nous sommes tombés en panne sur un banc de sable, et il a fallu attendre le lever du jour pour continuer notre voyage. Atteint d’une diarrhée « galopante », je suis arrivé à Taracuá, lieu de l'ordination, assez affaibli. Heureusement, il y avait un médecin qui a pu m'examiner et soigner ma déshydratation.

Samedi soir a été célébrée l'ordination du diacre Sidicley avec qui nous avons travaillé à l’évangélisation d'une communauté indienne à Manaus pendant ses dernières années de théologie. Cérémonie émouvante devant une église pleine de familles indiennes. A Taracuá, tous sont catholiques et tous sont indiens. Dimanche matin, le nouveau prêtre a célébré sa première messe devant une église comble et magnifiquement décorée de toutes sortes de fleurs et de palmes. Tout était en langue Tukano, suivant les consignes du synode. Un prêtre indien aidait le nouveau prêtre. L'évêque était comme moi et ne comprenait pratiquement rien. Mais les chrétiens du lieu participaient à 100 % ! Magnifique à voir. Expérience unique : la première messe du monde celébrée en langue tukano. Après la messe les familles nous ont invités à déjeuner. Chacune apportait un plat d’un grande diversité de poissons. Puis, il nous a fallu reprendre la « route » : deux jours et une nuit pour rejoindre São Gabriel. Un jour et une nuit pour arriver à Manaus. Ah ! si j'avais vingt ou trente ans !!! « Vous serez mes témoins à Jerusalem, en Judée, en Samarie et jusqu’aux extrémités du monde. » Nous y sommes !

Noël ! La lumière a brillé dans les ténèbres !

Je vous souhaite aussi cette joie et cette lumière.

Roberto OMI

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