Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Martin Kedah

"En Guyane, j'ai beaucoup reçu"

Kikivi de Guyane. Photo : Michèle Cléry sur  http://photos.linternaute.com
Célébration à la cathédrale St Sauveur à Cayenne. Photo empruntée au site : http://aliceaupaysdesmygales.blogspot.com/... Site à visiter !

Après trois années de philosophie, tu es parti en stage. A quoi t'attendais-tu et que désirais-tu ?

Mon désir, c'était vraiment de travailler dans une paroisse où je pourrais être au contact des jeunes. J'avais aussi le souhait d'être en zone anglophone pour me permettre de parler un peu l'anglais. Mais j'avais des appréhensions : est ce qu'on ne me jetterais pas au pré-noviciat ? Ça guettait un peu et je ne souhaitais pas faire mon stage dans des cadres pareils ! Mais les autres camarades me disaient : « Toi, on va peut-être te balancer à Rome pour les études ! » D'autres disaient : « On risque de t'envoyer en France ! » Alors, j'ai dit : « Je suis ouvert à tout ! » Mais la nouvelle est venue autrement.

Comment est-ce arrivé ?

Le responable de la Province oblate du Cameroun est venu à la fin de l'année ; tout le monde attendait le verdict ! Il m'a appelé, et m'a dit : « Es-tu prêt à faire un stage de deux ans ? » J'ai répondu : « Si c'est un besoin, pourquoi pas ? Je suis Oblat, la mission commande... » Il m'a dit : « Irais-tu remplacer Thierry en Guyane ? »

La veille, Thierry avait appelé de Guyane et c'est moi qui avais décroché. Il avait dit : « Je termine mon stage ; on cherche toujours mon successeur ! » Ironie du sort... Alors, je suis tombé des nues ! Je m'attendais à tout sauf à cela ! Je ne connaissais rien de la Guyane et en même temps, j'étais content. Je ne sais pas mais depuis mon enfance, j'avais regardé les épisodes des films latino-américains où il y avait toujours un prêtre qui jouait un rôle dans le film. Ça m'avait toujours intéressé ! Dans mon esprit, je nourrissais sans le savoir le désir de travailler en Amérique latine en général. J'aimais ce continent. La preuve, d'après certains camarades, dans les matchs Cameroun Brésil, je supportais le Brésil !

J'étais donc content, mais l'inconnu inquiétait un peu. Tout de suite après l'annonce, je suis monté sur Internet voir ce qu'est que la Guyane.

Et donc, hop ! les valises et l'avion...

Oui ! Je suis resté deux années là-bas.

Tu peux nous raconter ?

J'ai été intégré à une paroisse d'environ 20 000 âmes, une grande commune, Matoury. Là, le père Réginald, un Oblat Haïtien, m'a donné ma feuille de route. Je devais m'occuper d'un groupe de jeunes qu'il fallait mettre en forme parce qu'on venait juste de commencer quelque chose ; m'occuper naturellement des enfants de choeur, de la première année de catéchèse, et aussi des communautés des villages, de communautés amérindiennes et d'une communauté haïtienne ou j'allais de temps en temps pour le partage de la Parole. Petit à petit, le diocèse m'a demandé d'intégrer le service diocésain des vocations, ainsi que le service des jeunes. Il y avait aussi la pastorale informelle, les contacts ici ou là.

Ça a été un moment passionnant. J'ai découvert une Eglise riche de diversité. J'avais l'habitude de dire : « Si on veut savoir ce que le monde sera dans quelques années, c'est bien d'aller en Guyane pour s'en faire une idée ! » Quand tu es dans l'église, tu vois toutes les couleurs, toutes les races, toutes sortes de métissage. C'est la première fois où j'ai vu des Noirs avec des yeux bridés et portant des noms chinois ! Tout ce monde vit ensemble et fait communauté !

Autre chose que j'ai appris là-bas. Au contact des fidèles, nous apprenons à être missionnaires : parfois on part pour donner mais on se rend compte qu'on reçoit beaucoup ! J'ai beaucoup reçu des fidèles : soutien moral, soutien des amitiés, le témoignage des fidèles qui m'amène à faire un saut en avant dans ma foi.

Tu peux préciser ?

Ce que je veux dire, c'et que nous, très souvent, nous finissons par être habitués à la « chose spirituelle ». Mais quand on rencontre la foi simple des fidèles, la dévotion, par exemple au Saint-Sacrement, et la vie et le témoignage, quand une personne te raconte comment elle vit telle et telle situation, les difficultés auxquelles elle est confrontée, et comment malgré tout, elle tient et témoigne de sa foi ! Ce sont des exemples comme ça, et tu te rends compte que c'est formidable, ce qu'elle vit là ! Et tu coup, cela me remet en cause permanemment, de voir cette foi simple durant les cérémonies religieuses, voir comment ce que moi j'ai tendance à banaliser, eux ils le prennent au sérieux. Par exemple, je me rappelle une maman de quatre-vingt ans. Elle venait chaque matin à la messe avec sa voiture. Et c'est toujours elle qui m'attendait. Moi je venais ouvrir la porte et elle était déjà là ! La voir aussi régulière, faire les choses avec autant de soins, cela m'a beaucoup interpelé.

C'est beaucoup dans les rencontres interpersonnelles. Tu te rends compte qu'on a beaucoup de choses à recevoir d'eux. Cela nous amène à faire plus, pour ne pas décevoir, car les gens attendent beaucoup de notre témoignage. Ça aussi, je l'ai découvert. Quand ils viennent nous voir, c'est souvent le dernier recours. On n'a pas forcément la solution à leur problème, mais écouter suffit. Il m'est arrivé de recevoir quelqu'un qui raconte sa vie, j'étais désarmé, et pourtant, à la fin, il me disait : «  Merci de m'avoir écouté » ! Et il sortait rayonnant. Et moi, je me sentais ridicule car je n'avais pas réussi à lui donner la recette qu'il attendait. Pourtant, je sentais qu'il sortait différent, et donc que la proximité aux gens est importante. C'est ce que j'ai appris.

Du coup, je me suis dit qu'il fallait que je prenne au sérieux les études théologiques que je vais entreprendre, car on attend de nous ; il y a à faire et surtout, il y a à être.

Ce stage t'a motivé pour tes études de théologie...

Oui !

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