Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Oser des rencontres risquées (Marc 1, 40-45)

Le livre du Lévitique et l’Evangile parlent des lépreux. La lèpre : un fléau redoutable qui jette à l’écart de la société un grand nombre de gens. Exclus parce que contagieux, considérés comme impurs par la religion de l’époque, de telle sorte qu’on n’avait pas le droit des les approcher. Aujourd’hui encore, la lèpre touche plus de 20000 personnes. Dans l’Evangile, Jésus se laisse approcher par un lépreux. Inouï ! Oser prendre le risque d’un simple contact avait normalement comme conséquence un rejet. Regardez bien Jésus. Il est saisi de compassion devant le cri de détresse de cet homme méprisé et rejeté. Ce simple fait constitue un acte de violence. Jésus le touche. Il n’a pas peur du regard des autres, pas peur d’être contaminé et lui-même rejeté. Il ne craint aucun lépreux, aucun pestiféré. Ce sont ses frères.

Dans cet événement, au-delà du risque sanitaire, il y a le souci de Jésus de ne pas se laisser transformer en personnage médiatique qu’on peut utiliser pour se mettre en vedette. C’est pourquoi son souci est de le renvoyer aux institutions de la société pour que la guérison soit légalement constatée. Jésus est le serviteur de la guérison, pas un héros.

Où sont-ils les lépreux d’aujourd’hui ? ceux qu’on met à l’écart de la communauté humaine, que l’on considère comme des « déchets », selon l’expression du pape François. Ils sont à ma porte, les chômeurs, beaucoup de personnes à qui ont ne fait pas de place dans la société, les familles roms, les victimes du racisme, beaucoup de musulmans qui, en ce moment, se sentent considérés comme des Français de seconde zone. Moi je me sens souvent interpellé. Je n’ai pas toujours l’audace de Jésus pour les approcher avec compassion et fraternité. Pourtant, comme Jésus, il faut les approcher, les toucher par notre proximité de vie, leur permettre de croire qu’ils ont toute leur place dans la société et qu’ils ont le droit de faire fraternité avec nous. Comment rejoindre concrètement cet évangile ? Une opportunité nous est offerte. Le pape François centre son message de Carême (allez le lire sur Internet) sur la lutte contre l’indifférence. Dire non à l’indifférence. Un des pires malheurs qui puisse nous arriver, c’est de tomber dans l’indifférence, d’oublier ceux qui ne vont pas bien. En arriver à croiser l’autre sans le voir. Indifférence qui a aujourd’hui une dimension mondiale : François parle de « la mondialisation de l’indifférence ».

Ce danger mortel de l’indifférence par l’enfermement sur soi guette à notre porte. Il peut prendre le pouvoir sur nos cœurs. Le temps de Carême qui arrive : un temps privilégié pour que l’indifférence ne trouve plus de place en nous. Pour cela apprenons à rendre grâce au Seigneur pour tous ceux qui, autour de nous, prennent soin des autres par leur comportement, l’engagement dans des associations. Rendons grâce pour celles et ceux qui chaque jour, sans se lasser, prennent le contre pied de l’indifférence à l’autre. Si nous le faisons, notre vie sera illuminée, notre enfermement se changera en ouverture à l’autre. Nous pouvons toujours recevoir de l’autre. J’ai été heureusement surpris cette semaine d’entendre ce message d’une personne à laquelle je ne m’attendais pas. J’ai bien aimé entendre dans une émission télévisée qui lui était consacrée, Juliette Greco encore jeune à 84 ans dire que le secret de sa joie la plus profonde, ce n’était pas ses succès immenses mais la rencontre de l’autre quel qu’il soit. Le chemin de la Bonne Nouvelle est surprise !

Marcel Annequin

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