Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Colloque interreligieux à Maroua

Maroua, 23 – 24 avril 2014
Contribution de la communauté chrétienne catholique

Un colloque interreligieux s'est tenu à Maroua sur le thème de l'interreligieux. Dans le difficile contexte qu'imposent les exactions de la secte Boko Haram du Nigeria tout proche et alors que deux religieuses et un prêtre ont été enlevé, l'intervention de Mgr Philip Stevens, évêque de Maroua, prend une force toute particulière.


Chers amis,

Ma contribution sera centrée sur trois points : colère, respect, et liberté.

En parlant de colère, je pense à la colère de Jésus contre les marchands du Temple, ou à la colère de Jésus contre les pharisiens menteurs et avides d’argent. Moi aussi, avec vous sans doute, je suis en colère. Je suis en colère contre ceux qui ne pensent qu’à détruire les mosquées, les églises, les écoles, les villages, qui ne pensent qu’à tuer les innocents, à tuer les enfants, à tuer les écoliers. Je suis en colère contre ceux qui arrachent des jeunes filles innocentes à leurs familles pour les emmener dans leurs repaires. Je suis en colère contre ceux qui enlèvent des otages pour les revendre contre de l’argent, comme on vend des bœufs au marché, en manipulant la soif d’argent qui habite, hélas, dans le cœur de bien des hommes. Je suis en colère surtout contre ceux qui osent dire qu’ils font tout cela au nom de Dieu, qui osent mêler Dieu à leurs actes odieux et aux malheurs qu’ils infligent aux pauvres. Utiliser le nom de Dieu pour faire le mal, pour tuer, pour détruire, est le plus grand blasphème que l’on puisse faire contre le nom de Dieu.

Non, Dieu ne veut pas le malheur de ses enfants. Dieu ne veut pas le mal, sous aucune forme. Dieu a créé un monde qui est bon, qui est beau : « Toute la terre, Seigneur, est remplie de ton amour » chante le psaume 32. Et Dieu nous demande de développer cette terre, de l’enrichir par notre travail, avec toute notre intelligence, tous nos talents, toutes nos forces, pour que le monde soit toujours plus beau, pour que nos familles soient toujours plus heureuses. C’est le bonheur que Dieu veut pour nous et pour nos familles, et seulement le bonheur. Dieu ne veut pas le mal !

Eux au contraire, ils voudraient interdire l’instruction de nos enfants. Ils voudraient interdire à nos enfants que leur intelligence se développe, que leurs connaissances grandissent, et qu’ils soient ainsi capables à leur tour, un jour, de rendre notre monde plus beau et nos familles plus heureuses. Vouloir interdire l’instruction des enfants est odieux, c’est un crime contre Dieu et contre la volonté de Dieu, et un crime contre l’humanité. Dieu nous a créés intelligents, et sa volonté est que nous développions notre intelligence. Le Coran dit du bien de la science et du savoir humains. Et la Bible est là tout entière pour nous dire que le savoir de la foi et le savoir de la raison ont la même origine, le même créateur, qui est Dieu lui-même. Chercher la vérité, même à travers les sciences humaines, c’est chercher Dieu qui en est la source.

Je suis en colère parce qu’ils veulent dresser les hommes les uns contre les autres, dresser ceux qui croient comme eux contre ceux qui s’opposent à eux, dresser les musulmans contre les chrétiens. Ils veulent que naisse la guerre entre nous, nous qui vivons en paix et qui ne demandons qu’à vivre en paix.

Laissons l’usage des armes, pour nous défendre, à ceux qui en ont la lourde responsabilité. Mais pour nous, hommes et femmes religieux, notre seule arme contre ceux qui veulent la haine est le langage du respect, qui est aussi le langage de l’amour. Ma sœur, tu es musulmane, je te respecte pour ce que tu es. Tu es musulman, mon frère, et je te respecte. Je respecte le choix que tu fais, je respecte ta manière de prier Dieu et de te soumettre à lui, je respecte ta manière de vivre, qui est conforme à ta foi et aux enseignements religieux que tu as reçus. Et toi, mon frère, ma sœur, tu es chrétien, tu es chrétienne, tu as choisi d’être membre de telle ou telle communauté de foi, évangélique, baptiste, luthérienne,… Je te respecte dans ce choix que tu fais en conscience, je te respecte et je prie Dieu de te garder dans son amour, sur le chemin où tu t’es engagé. Je te respecte, mon frère, ma sœur, toi qui suis une autre religion, ou qui as choisi de rester dans la religion traditionnelle. Je ne te méprise pas, d’aucune manière. Je ne t’insulte pas, je ne me moque pas de toi. Je te respecte et je t’aime. Et moi, chrétien catholique, j’implore des autres qu’ils puissent aussi me respecter, m’aimer comme je suis, dans le choix religieux que j’ai fait.

Respecter l’autre, c’est aimer l’autre. Respecter et aimer, c’est la même chose. Et aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement ne pas lui faire du mal, mais c’est, positivement, lui vouloir du bien, lui faire du bien, vouloir qu’il ou elle soit heureux. Je veux que ma sœur ou mon frère musulman soit heureux, je veux que ma sœur ou mon frère protestant soit heureux, je prie Dieu pour leur bonheur et je suis prêt à tout faire et à donner ma vie pour qu’ils soient heureux.

Enfin, nous sommes libres et nous voulons rester libres. Nous avons la chance de vivre dans un pays de liberté, liberté d’opinion et de religion, liberté de circuler où bon nous semble, de vivre comme bon nous semble : dans le respect, c’est évident, des lois établies. Cette liberté est un don précieux, et jamais nous n’accepterons de la perdre. Les tueurs veulent créer un empire totalitaire, ils veulent nous imposer leur loi de mort, nous réduire au silence par la violence, par la terreur, et par la crainte qu’ils nous inspirent. Ils veulent faire de nous des pantins terrorisés et sans volonté entre leurs mains. Et dans leurs camps ils formeront nos enfants à être comme eux des tueurs dociles et obéissants. Nous ne voulons pas de cela, jamais !

La liberté de la personne humaine est voulue par Dieu et elle est sacrée. Elle se manifeste plus particulièrement à certains moments de l’existence humaine, lors de certains choix qui engagent toute notre vie. Il y a le choix du mariage, où il est si important que le jeune homme choisisse lui-même et en toute liberté sa fiancée, que la jeune fille choisisse elle-même et en toute liberté son fiancé. Il y a le choix de l’orientation professionnelle, le libre choix du métier que l’on veut exercer dans la vie, un métier qui soit épanouissant, qui procure le bonheur à la personne et, à travers elle, à sa famille et à son entourage. Il y a, par-dessus tout, la liberté religieuse. Bien sûr chacun de nous est né dans un certain milieu culturel et dans une famille particulière, qui nous ont orientés tout naturellement vers telle ou telle religion. Mais il y a un moment dans la vie où l’on reconnaît lucidement et en toute liberté le chemin religieux sur lequel on est engagé, où on le fait sien, non plus pour des raisons familiales ou culturelles, mais par choix personnel. Et liberté religieuse veut dire aussi la liberté pour une personne, à un moment de sa vie, de pouvoir changer de chemin religieux, si, en toute conscience, elle estime devoir le faire. La famille et la société acceptent et protègent ces choix de liberté. Personne ne sera poursuivi ni maltraité pour avoir fait un choix religieux personnel et libre.

Frères et sœurs, chers amis, encore une fois, c’est le respect, l’amour et la liberté qui sont les armes avec lesquelles nous affronterons ceux qui veulent faire le mal. Et nous qui croyons en Dieu, nous espérons de toute notre âme et nous sommes sûrs que ce sont elles, parce qu’elles viennent de Dieu, qui auront le dernier mot, le mot de la victoire, non seulement dans notre cher pays le Cameroun, mais également dans les pays voisins hélas ravagés aujourd’hui par la terreur et par la guerre.

+ Philippe Stevens

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