Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Pierre Bodénès (1923 - 2014)

Pierre est né le 2 avril 1923. Au moment où il nous quitte, il était donc proche de ses 91 ans. Entré chez les missionnaires Oblats de Marie Immaculée, il a fait chez eux toute sa formation. Il a prononcé ses premiers voeux en 1943, ses vœux perpétuels en 1947. Et il a été ordonné prêtre en 1947.

Dans ses notes, Pierre parle de l’événement qui a marqué son temps de formation à La Brosse Montceaux (77). Le 24 juillet 1944 (nous sommes encore en temps de guerre), des Allemands encerclent la maison de formation. Ils sont à la recherche de quelques confrères qui étaient dans la résistance. Un parachutage d'armes venait d'avoir lieu. Les confrères impliqués dans ce parachutage sont vite repérés : ils avaient été dénoncés. Ils étaient au nombre de cinq. Même torturés, ils ne diront rien. Leur silence signe leur condamnation. Ils seront tous exécutés sur place. Mais le pire a été évité suite à l'intervention d'un officier allemand arrivé d'on ne sait où et on ne sait pourquoi. Les exécutions s'arrêtent là. Toute la communauté, dont Pierre, est emmenée au camp de Compiègne. Heureusement pour eux, ils seront libérés quelques semaines plus tard.

En 1950, Pierre reçoit son obédience pour le Nord-Cameroun. Cette mission était à ses débuts : elle venait, en 1946, d'être confiée aux Oblats. Pierre en sera un des pionniers. Ils sont quatre à prendre le bateau pour Douala. Avec Pierre, il y a les pères Jean Pasquier, un angevin, qui deviendra par la suite évêque auxiliaire de Mgr Plumey, à Garoua, puis premier évêque de Ngaoundéré (le diocèse dont dépendra Pierre), Loïq Mégret, des Côtes d'Armor et Jo Boisseau, de Paris. Jo est désormais le seul survivant de cette première équipe.

Après trois semaines de bateau, ils débarquent à Douala. Le lendemain, ils rejoignent Yaoundé par le train. Là, le camion de la mission du nord les attend. C'est donc en camion qu'ils rejoignent Ngaoundéré : deux jours de voyage. Et là, il apprend qu'il est nommé pour la mission de Meiganga. Meiganga, est alors un gros centre, qui compte entre 20 et 30 000 habitants. Trois confrères oblats sont déjà sur place : deux pères, dont Jean Bocquené, et un frère du Canada, spécialiste du bois. Tous les trois sont très accaparés par la scierie qui a d’abord été créée parce qu'il fallait survivre : la scierie leur en donnait les moyens, car ils vendaient le produit de la scierie. La scierie permettait aussi d’avoir le bois nécessaire pour la construction des logements des pères et bientôt des logements des religieuses, ainsi que pour construire chapelles, églises, écoles et dispensaires.

Du côté de Djohong en 1959

Très vite Pierre sait ce qu'il aura à faire : « Pris par la scierie, lui dit le père Bocquené, nous n'avons pas eu le temps d'apprendre la langue. Ce sera ton travail. » Apprendre une langue, ce n'est pas facile, surtout quand celle ci n'est pas encore écrite. Pour se lancer dans l'aventure de l'apprentissage de la langue, Pierre ne disposait d'aucun texte, d’aucun lexique, d’aucune grammaire. Tout était à faire. Pierre s'en donnera les moyens. Il commence par se faire un petit " Assimile ", groupant par sujet les mots qu'il entend : voyages, nourriture, santé, religion, famille... Heureusement qu'il était doué pour les langues ! Autre difficulté : le gbaya est une langue à tons. A nouveau il faudra faire preuve d'imagination. Il lui faudra fabriquer un clavier spécial pour sa machine à écrire.

Bientôt il pourra compter sur un autre confrère, le père Yves Blanchard. Avec lui, il aura un collaborateur de grande qualité. Enfin il aura la chance de toujours travailler dans la région gbaya, et cela pendant 62 ans, de 1950 à 2012, année de son retour en France.

Quand il arrive à Meiganga, en 1950, la région est habitée :

  • par les Mbororos, qui étaient des pasteurs, de religion musulmane,
  • et par les Gbayas, avant tout chasseurs, devenus pour une part agriculteurs par nécessité, Le gibier se faisant de plus en plus rare. Les Gbayas étaient de religion traditionnelle.

L'entente entre les deux était bonne, car ils avaient besoin les uns des autres. Chacun apportait à l'autre ce qui lui manquait.

Jeune femme Mbororo

Pour ce qui est de l'évangélisation, tout était à faire. A l'arrivée de Pierre, la communauté catholique était toute petite, composée de fonctionnaires du sud en service dans le nord. Arrivée trente ans plus tôt, la communauté protestante était beaucoup plus importante. Pierre saura collaborer avec nos frères protestants, pour mieux connaître la Bible et pour la traduire.

1996 sera une grande date pour Pierre et les chrétiens Gbaya. Une grande fête est organisée lors de la présentation de la 2ème édition de la Bible. Le slogan de la journée était : « Aujourd'hui, Dieu parle en gbaya ». La traduction de la Bible, du Missel, des livres de prières et de chants aura été le grand œuvre de Pierre. Il s'y sera donné avec courage, persévérance et de tout son coeur jusqu'en septembre 2012, année de son retour en France.

Pendant plus de 60 ans, il n'aura cessé de travailler au sein d'un même peuple, le peuple gbaya : à Meiganga, à Djohong, à Klaldi et à Ngaoundal.

Une autre date importante pour Pierre et la mission : l'arrivée des Sœurs de Ker Maria. Il trouvera en elles des collaboratrices précieuses, dévouées, compétentes et toutes données à la promotion de la femme. Il y a quelques mois j'étais avec lui à Ker Maria, pour aller rendre visite à Soeur Suzanne et à toutes les anciennes avec qui il avait tant travaillé.

Impossible de terminer ce riche parcours sans signaler encore :

  • L'opération " miel " qui aura permis aux Gbayas d’améliorer leur niveau de vie, d’avoir les moyens de se soigner, et d'envoyer leurs enfants à l'école ;
  • et l'école d'agriculture pour les jeunes. Malheureusement il a fallu trop vite stopper cette initiative à cause de l'arrivée de la mouche tsé-tsé.

Pour Pierre comme pour tous les missionnaires qui ont travaillé au Nord Cameroun, la mission consistait, à mettre en pratique ce que le Pape Paul VI proclamait dans son encyclique " Populorum Progressio " : « Le vrai développement ne peut être qu’intégral, c'est à dire s'adressant à tous les hommes et à tout l'homme. » C'est à cela que Pierre s’est consacré.

André Marion, omi
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