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Balasuriya, Rodrigo, Cooke : des figures repères...

  1. Michaèl Rodrigo (1927-1987) : la vérité assassinée

photo de Michael Rodrigo, souriant

Michael Rodrigo était né en 1927. Il est mort le 10 novembre 1987, assassiné alors qu'il achevait de célébrer l'Eucharistie. Les balles furent tirées à bout portant d'une petite fenêtre derrière lui.

Depuis 1980, il s'était « immergé » dans une des régions les plus défavorisées de l'île : une province profondément bouddhiste, marquée par la dure répression de la dernière révolte cingalaise contre l'invasion britannique en 1801 et dans laquelle la présence de l'Eglise est quasi inexistante.

A l'heure de Vatican II, il avait été à Sri Lanka, un des pionniers du renouveau liturgique parce qu'il voulait que les communautés chrétiennes de son pays s'enrichissent du trésor spirituel vécu dans le bouddhisme. Condisciple de Tissa Balasuriya, il était titulaire d'une thèse de doctorat en théologie sur les présupposés du dialogue entre chrétiens, musulmans et bouddhistes.

Dialogue, et coopération avec les bouddhistes

A 53 ans, il choisit de se rendre à UVA, là où l'antagonisme était sans doute le plus vif en raison des séquelles du colonialisme. Peu de chrétiens d'ailleurs dans cette région. La vie de Michael allait devenir celle d'une redécouverte de ses racines et d'un enrichissement de sa foi chrétienne par les retrouvailles avec son identité de cingalais imprégné par 2500 ans de bouddhisme. Les qualités de coeur du bouddhisme le touchaient profondément et correspondaient à sa fraternité naturelle.

le centre de formation fondé par Michael Rodrigo
Le centre de formation
fondé par Michael Rodrigo

Bouddhistes et chrétiens s'ingénièrent à trouver des réponses aux problèmes de santé et de sous-éducation. Michael Rodrigo cherchait passionnément à populariser la redécouverte, l'usage et la culture des herbes médicinales traditionnelles, la fabrication d'engrais naturels, la formation d'infirmières « aux pieds nus », la mise en place de nombreux comités pour organiser la paysannerie, développer l'hygiène, assurer l'alphabétisation et le recyclage des jeunes sans instruction.

Mais son action fut surtout marquée par la recherche des causes du sous-développement et donc la mise en cause des structures d'injustice telles que l'installation d'une multi-nationale agro-alimentaire ou la persistance de structures féodales dans les villages.

Avec son aide, les paysans s'organisèrent pour vendre directement leurs produits en ville sans dépendre des intermédiaires locaux. Cela ne pouvait pas ne pas irriter ceux qui, de tout temps, tenaient la paysannerie sous leur férule.

L'originalité de ses méthodes de conscientisation, de sa rencontre du bouddhisme et de sa manière d'intégrer celui-ci à sa foi, l'authenticité de son insertion parmi les pauvres et son approche non-violente, mais active, des tensions et conflits le firent connaître dans le monde entier. Il fut appelé à donner des conférences à Séoul, Bangkok, Ottawa, Bruges et San Francisco, dans des réunions sur le dialogue inter-religieux et le développement.

Climat de tension

Depuis le début octobre 1987, la petite communauté de Michael Rodrigo vivait dans une tension difficilement soutenable. Quatre personnes en vue avaient été assassinées dans la région. Celles-ci exerçaient un certain pouvoir et l'on ne sait s'il faut attribuer leur assassinat à des paysans révoltés ou à un mouvement révolutionnaire de jeunes, actif dans le secteur.

Dans ce climat de tension et d'incertitude, des menaces furent proférées contre lui : malgré toute une vie donnée à la non-violence il était accusé d'être complice en raison de sa présence active au sein des associations paysannes. Une section de la Police spéciale vint enquêter et fit pression sur la petite communauté pour que lui et les religieuses quittent la région.

portrait de Michael Rodrigo réalisé après son martyre

Rester ou partir...

Le 10 novembre au soir, Michael célébrait avec les deux religieuses et une laïque une Eucharistie qui dura une heure et demie. Ensemble, ils réfléchirent et prièrent afin de prendre une décision : rester ou partir. Toutes les raisons pour et contre furent abordées et mises par écrit. Michael rappela ce qu'il aimait souvent dire : « Ce n'est pas la manière dont le Christ est mort qui doit intéresser le chrétien, mais bien les raisons de sa condamnation et les choix de vie faits par lui. Il s'est identifié aux pauvres et aux rejetés en sachant d'avance quelle en serait la conséquence ».

La petite communauté décida de rester. La prière fut longue. Ils récitèrent le De Profundis : « Du fond de notre abîme, nous crions vers Toi, Seigneur ». Tous étaient assis autour de la petite table où ils venaient de partager le Corps et le Sang du Christ. Michael se redressa pour dire : « Remettons-nous dans les mains du Seigneur ». C'est alors que les coups de feu partirent de la fenêtre située à quelques pas.

Source: article paru dans Pôle et Tropiques n°1/2 de Janvier-Février 1989

Citation

« Ce n'est pas la manière dont le Christ est mort qui doit intéresser le chrétien, mais bien les raisons de sa condamnation. Jésus s'est identifié aux pauvres et aux rejetés en sachant d'avance quelle en serait la conséquence ».

Michael Rodrigo

"Dans le Christ, le chrétien ne se contentera pas de prêcher la Bonne Nouvelle qui est un événement libérateur intégral... Il la vivra !
La messe est le prix de notre rançon. Pour partager la communion, il faut verser son sang..."

Michael Rodrigo

Mike est entré en conflit avec des intérêts opposés tant économiques que politiques : en effet le dialogue interreligieux favorisait la compréhension mutuelle et la réconciliation des groupes sociaux et des factions politiques opposées"

Dalston Forbes, omi

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