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L’homme qui marche…

Interpelé et séduit depuis de nombreuses années par le texte de Christian Bobin, « L’homme qui marche », notre confrère OMI Jacques Langlet a fini par se donner les moyens de le partager avec tous dans un ‘seul-en-scène’ d’environ une heure. Il a travaillé pendant 6 mois avec Amandine du Rivau, metteure-en-scène, de septembre 2022 à avril 2023 ; la première rencontre a eu lieu en mai 2022 en la fête de St Eugène à l’église St Eugène d’Endoume (Marseille) ! ça ne s’invente pas !!

Servi par la puissance et la délicatesse du texte, Jacques est actuellement présent au festival du off d’Avignon où il joue les jours pairs à 18h30 à la chapelle de l’Oratoire.

Nous en avons profité pour le rencontrer.


Omi-France : Quelles sont tes premières impressions ?

J.L.: Le Off d’Avignon est un tourbillon qui peut facilement nous emporter. Il y a une telle concentration d’énergie dans ce petit périmètre de l’intramuros, c’est assez incroyable. Cette année plus de 1700 spectacles par jour pendant 3 semaines… Vous imaginez ?! Pour ce qui me concerne, j’ai bénéficié au début de la renommée de l’auteur, Christian Bobin ; après, je crois que le bouche à oreille a fonctionné ; car côté affiche, je ne peux pas dire que j’ai fait fort…!

OF : C’est la première fois que tu joues sur une « vraie » scène ?

JF: C’est surtout la première fois que les spectateurs sont assis sur des gradins. Cela change tout. D’ordinaire, je joue dans les églises, dans des cryptes voire dans des salles ; mais à chaque fois, le public est au même niveau que moi. Ici, à la chapelle de l’Oratoire, avec les gradins, le public a une vision plus verticale, plus surplombante. Cela lui permet de mieux voir le chemin de sable disposé au sol. Or celui-ci est central dans la mise en scène…

Jacques Langlet en scène

La mise en scène est intéressante, avec ce fond de scène noir sur lequel tu mets en exergue quelques phrases fortes du texte…

JL : Avec Amandine, au cours de la création de la mise-en-scène, on a senti qu’il fallait inventer des espaces de respiration et de « digestion » pour les gens, tant le texte est ciselé et dense. C’est là qu’on a eu l’idée de l’écriture. Après le décès de l’auteur (novembre 2022), on y a vu aussi un hommage qu’on pouvait lui rendre… J’écris donc trois phrases tout en avançant sur ce chemin de sable ; cela résume tellement bien pour moi ce que je lis des évangiles et de l’homme qui y marche…!

OF: Comment es-tu arrivé à ce festival ?

JL : Une histoire de rencontre. ça commence à Nice, au Sacré-Cœur, juste avant Noël dernier : aux funérailles d’un ami habitué de notre sanctuaire avec sa femme désormais amie des Oblats, j’ai rencontré Vincent, son cousin, et sa femme. Or, ils habitent à 10 min de Lumières (à ce moment-là, ma future communauté) ! Et, Alexandra, très engagée dans la pastorale du diocèse, est bénévole pour la Compagnie Le Puits, une compagnie de théâtre qui gère la programmation de l’Oratoire lors du Off. Incroyable, vous ne trouvez pas ??!

C’est cette compagnie (Miche et Mary Vienot) qui m’a invité à postuler sur l’ensemble du festival. Au début, j’ai hésité, ne me sentant pas capable de jouer à un tel rythme, mais j’ai vu dans ces rencontres, un grand coup de Vent de l’Esprit qui me poussait à y aller…

OF: Tu joues tous les deux soirs. Ce n’est pas trop intensif?

JL: C’est sûr que c’est une expérience forte, surtout lorsque dans le public, je vois des gens que je connais. L’émotion est alors particulièrement intense. Il y a énormément d’adrénaline. Il faut un niveau de concentration optimal. Pour tenir le coup, on m’a dit de me protéger. Du coup, j’écris et je prends de longs temps de silence.

Jacques Langlet en scène

OF: Et pour la pub?

JL: A l’Oratoire, il n’y a pas de billeterie. Chacun se débrouille. J’ai choisi de tracter dans la rue, principalement le matin. Cela permet de belles rencontres… J’ai la chance d’être servi par un très très beau texte. Je pense à une dame. Elle a vu mon affiche dans le tract commun aux spectacles de l’Oratoire, a directement pointé mon spectacle avec émotion en me demandant qui jouait ce spectacle. Quand elle a su que c’était moi, elle a ajouté : « Il faut qu’on se rencontre après », et elle s’est mise à pleurer. Je ne l’ai pas revue…

OF: Tu vas être présent durant tout le festival?

JL: Oui, tout le mois de juillet. Car je suis arrivé dès le 1er. Le 2 et le 3, j’avais des répétitions ; et le 4, dans les conditions réelles (horaire, tenue, etc.) la générale en présence de quelques personnes de l’extérieur.

OF : Alors, bonne chance à toi !

JL: Merci