Christian est né en 1934, près de Dunkerque. Il est missionnaire oblat depuis 1954. Après avoir été missionnaire au Nord-Cameroun, il vit aujourd’hui à Marseille.
Il avait trois ans lorsqu’avec sa famille, il eut à vivre la débâcle, l’exode sur les routes d’une France en lambeaux.
A 90 ans, de retour à Dunkerque, la vue des réfugiés qui tentent de passer en Angleterre ravive sa mémoire….
Il y a deux ans, j’étais avec un ami de Dunkerque. Nous arpentions la dune, espérant lever quelque lapin ou une possible bécasse. Soudain, en traversant un hallier, nous tombons sur une tente, visiblement désertée depuis peu par ses occupants : des réfugiés qui avaient fui à notre approche… Car, entre Calais et Dunkerque, on les rencontre partout, ces migrants, campant dans les fossés, déambulant au long des routes, le capuchon serré sur la tête cause du froid.
Pour moi, le symbole du réfugié, c’est le passeport. Passeport écorné, maculé, constellé de cachets à chaque page : « Venant du Sierra Léone, entré au Nigéria le 10.03, sorti du Nigéria le 12.03, entré au Tchad le 12.03, sorti du Tchad le 13.03, entré au Cameroun… » Toute la misère du monde errant dans les rues, Éthiopiens, Soudanais, Libériens. Perdus, presque muets car anglophones, les yeux remplis des peurs vécues. Vers Dunkerque aussi ils ont peur. Mais je n’ai jamais aussi bien compris combien la fureur de vivre amène des hommes, des familles, à supporter l’incroyable.
Il y a deux ans, j’étais avec un ami de Dunkerque. Nous arpentions la dune, espérant lever quelque lapin ou une possible bécasse. Soudain, en traversant un hallier, nous tombons sur une tente, visiblement désertée depuis peu par ses occupants : des réfugiés qui avaient fui à notre approche… Car, entre Calais et Dunkerque, on les rencontre partout, ces migrants, campant dans les fossés, déambulant au long des routes, le capuchon serré sur la tête cause du froid.
Pour moi, le symbole du réfugié, c’est le passeport. Passeport écorné, maculé, constellé de cachets à chaque page : « Venant du Sierra Léone, entré au Nigéria le 10.03, sorti du Nigéria le 12.03, entré au Tchad le 12.03, sorti du Tchad le 13.03, entré au Cameroun… » Toute la misère du monde errant dans les rues, Éthiopiens, Soudanais, Libériens. Perdus, presque muets car anglophones, les yeux remplis des peurs vécues. Vers Dunkerque aussi ils ont peur. Mais je n’ai jamais aussi bien compris combien la fureur de vivre amène des hommes, des familles, à supporter l’incroyable.
Je me souviens, un peu ! J’avais six ans. Le chaos sur la route de Doullens, la maison normande qui tangue sous les bombes allemandes, mon père m’enveloppant dans une couverture pour se précipiter à la cave. Je me souviens, et cela m’aide à comprendre les yeux hagards des réfugiés de Sangatte revenant sur la plage après un départ raté vers l’Angleterre. Et je comprends ce jeune costaud au crâne rasé, à Marseille, s’expliquant dans un français approximatif : « Au pays, on m’avait dit que la Légion Etrangère recrutait – Oui, et alors ? – Au bureau de recrutement on m’a demandé si j’avais le bac. Alors… – Et tu ne rentres pas chez toi ? – J’ai honte. » Autre temps, autres mœurs ; autrefois, pour entrer à la Légion, on demandait du muscle…
Christian Duriez
Christian a publié plusieurs ouvrages…
