Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Renaud Saliba

  1. La Bible, un texte pour des communautés

bougie
tableau de Rembrandt : une vieille femme lit la Bible

En quoi le fait de faire un travail sur la Bible est-il un fondement ? Vu de l’extérieur, ce sont des vieux textes, éventuellement vénérables, voire sacrés donc intouchables : la bible de la grand-mère qu’il ne faut pas abîmer. En quoi est-ce un fondement ?

C’est cette vision de textes intouchables que j’ai voulu remettre en cause. Alors, je ne dis pas que la Bible est toujours passionnante et qu’elle a réponse à tout. Je n’ai pas un rapport toujours émerveillé au texte ; je le prends tel qu’il est. Mais déjà j’aime bien regarder d’où il vient, regarder les différents manuscrits ; ce n’est pas quelque chose qui est arrivé sur papier doré sur tranche ; c’est une tradition : cet aspect de la tradition du texte qui part de la foi des tout premiers disciples (je parle du Nouveau Testament), qui part d’une foi en la résurrection de Jésus, et qui va amener à l’écriture des évangiles. Je trouve cette tradition de la foi passionnante. Et donc là, on peut rentrer dans des choses assez techniques ; on voit sous nos yeux la foi se transmettre.

Pour moi c’est le fondement ! Notre foi est apostolique. Le fait que, par la suite, ce soit pensé en théologie donne un côté universel, intangible, mais au départ, ces choses sont nées, portées tout simplement par des hommes qui ont voulu s’exprimer. Le retour à cette fragilité, à cette contingence, est important : on a un certain nombre d’écrits, vingt-sept en ce qui concerne le Nouveau Testament, mais on aurait pu en avoir moins ou plus. C’est contingent. Il y a donc à la fois la force de la foi que rien ne peut arrêter, et la contingence, le fait que ce soit humain, que cela aurait pu être autrement !

Ce sont des bouquins pour spécialistes, ou bien est-ce qu’ils ont quelque chose à dire au tout-venant ?

Il faut bien voir que ce n’est pas écrit pour les spécialistes. Ceux-ci peuvent s’en emparer mais les rédacteurs du Nouveau Testament n’ont pas écrit pour des intellectuels. Ils l’ont fait pour des communautés. Du coup, c’est un peu dommage quand tous ces livres bibliques sont abandonnés à des spécialistes qui connaissent x langues anciennes et qui mettent en place un attirail méthodologique très compliqué pour les étudier. Non, je crois que ces livres doivent pou-voir être étudiés, lus, par tout le monde. Mais, de fait, ce sont des textes qui viennent de loin. On ne peut pas simplement les lire comme s’ils avaient été écrits l’année dernière dans notre culture. Ils provoquent un dépaysement. En exégèse, on essaie au maximum d’éviter d’y projeter notre culture, notre propre expérience. Il s’agit avant tout d’essayer de les faire parler.

… Cela ne les empêche pas de nous rejoindre. C’est leur dimension inspirée. Mais on ne peut pas uniquement s’en tenir là ; sinon, on en fait des textes lunaires, tombés du ciel, et non écrits par des hommes.

Personnellement, ton rapport à la Bible, le fait d’être spécialiste, alimente-t-il ou handicape-t-il le rapport émerveillé, le rapport croyant, que l’on peut avoir avec ce texte ?

C’est le contraire. Plus je l’étudie et le mets en question, plus j’y crois car je retrouve quelque chose d’humain. Il est très différent de ce qui est ma vie mais je peux le comprendre si je saute à travers les siècles. Pour moi, cela me parle beaucoup plus qu’un texte qui, encore une fois, serait hors de l’existence humaine, dicté ! D’ailleurs, on ne dit pas qu’il est « révélé » mais qu’il est « inspiré ». C’est différent !

Peux-tu préciser la différence ?

« Révélé », c’est comme le Coran, dicté par Dieu. Le texte est révélation en lui-même. Pour nous, le texte est « inspiré », écrit par des hommes : sous l’inspiration, certes, mais ils en restent les auteurs. Le texte est donc porteur de l’épaisseur humaine, ce qui explique qu’il contienne des passages qui ne nous plaisent pas, qui n’expriment pas la miséricorde mais la colère ou la vengeance. Tout cela ne peut pas être enlevé.

La reliure de certains livres a une brisure parce qu’ils sont toujours ouverts au même en-droit. Où se situe la « brisure » de ta Bible personnelle. Quels sont tes passages fétiches ?

Je suis davantage sur le Nouveau Testament. J’aime trouver les textes qui essaient de comprendre ce qu’est la résurrection de Jésus, et qui nous la présentent, non pas comme un concept, c’est-à-dire une idée religieuse de plus mais comme une expérience qui s’est donnée à vivre ! Et quand je trouve cela dans certains textes, je pense à Rm 6-8 (la deuxième partie de l’épître aux Romains) ou bien la section du chemin chez St Marc où l’on voit que lorsque Jésus annonce et enseigne sa résurrection, il ne fait pas de la haute théologie mais il dit : « Prenez votre croix et suivez-moi ! », je trouve cela très beau. On n’est pas en train d’apprendre des concepts théologiques, mais on est invité à une expérience, à une aventure, à vivre soi-même la résurrection. Ce n’est pas un texte, mais une expérience de foi, que je relis souvent dans Mc et Rm.

La lecture d’une expérience qui te renvoie à ta propre expérience, ou à nos expériences ?

Oui, car c’est ce qu’on cherche : cette expérience de résurrection qui donne du goût à la vie, une liberté, une espérance. On parle souvent de mère Térésa, de l’abbé Pierre ou de sœur Emmanuelle ; cela peut énerver mais quelque part, on doit en parler car on pointe du doigt des personnes que, d’une certaine manière, on pressent avoir fait ce passage-là ; on sent qu’elles ont une qualité d’existence qui exprime ce vécu de la résurrection. C'est ce qu’on lit dans le Nouveau Testament. Plus je le lis, plus je vois que c’est ça qu’ils ont voulu nous transmettre, beaucoup plus que des idées théologiques, c’est-à-dire un système de concepts s’articulant les uns avec les autres… même si par la suite, il faut pouvoir articuler les choses logiquement ! Ce n’est pas cela qui est le plus important dans le Nouveau Testament.

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