Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Thaïlande

portrait de Bernard Wirth

Chers amis bonjour,

C’est enfermé dans une chambre d’hôtel “de luxe” que je vous écris. Mais ma fenêtre au troisième est toujours bloquée et je suis interdit de sortie. Je suis en quarantaine pour 15 jours depuis mon retour de France. Dès le premier jour ici je me suis fait remarquer : j’ai ouvert la porte de ma chambre pour inspecter les lieux et voilà qu’elle s’est fermée. Que faire ? Je n’avais même pas de portable sur moi ; je me suis assis sur la chaise pour attendre. Après 10 minutes une employée passe : Vous savez qu’il est strictement interdit de sortir de la chambre ! Elle n’écoute pas mes explications - La prochaine fois je vais le signaler à la direction ! Elle m’ouvre et je rentre. Hier, cinquième jour de quarantaine, on m’appelle pour passer le test à 9h00. Je suis heureux de pouvoir respirer un peu d’air frais et de profiter du soleil. Je traine un peu. « Allez remonter dans votre chambre » Je remonte au troisième, je pointe ma carte, la porte reste close. Une nouvelle fois je m’assieds et j’attends… L’employée du troisième passe, « encore vous » elle grogne, me menace, je lui passe la carte, elle essaie une fois, deux fois, sans succès… elle m’accuse et va chercher son passe en grognant. Moi qui voulais passer inaperçu, c’est réussi ! Enfin ça met un peu de piquant à ma vie, enfermé entre 4 murs, sans contact, même la fenêtre est bloquée.

J’ai avec moi plein de documents pour préparer mon intervention au Colloque à Paris les 11-12 mars. Je vais intervenir par VDO conférence pour éviter un nouveau voyage et une nouvelle quarantaine (les Thaïs ont peur des Français porteurs de virus). Mais jusqu’ici je n’ai pas fait grand-chose, l’ambiance n’est pas favorable. Après ma quarantaine, je reprendrai un cours de traduction comme au début 2020, au deuxième semestre j’ai enseigné Camus, c’était plus motivant !

Réfugiés
Source : www.unhcr.org

Mais ma grande activité ce sera mon soutien aux réfugiés politiques, notamment les mamans avec les enfants, les maris étant toujours encore enfermés dans le Centre de Détention. Les mamans ont été libérées sous caution de cet enfer, néanmoins elles ont beaucoup de mal à survivre à Bangkok, sans revenu, dépendant exclusivement du soutien d’associations, d’églises, de pagodes, de mosquées et de bienfaiteurs individuels… Toutes les semaines, je me mets à leur disposition pour écouter leurs malheurs et les soulager tant que je peux. Régulièrement c’est entre 30 à 50 familles que je rencontre. Des réguliers comme ces quelques exemples que je vais citer.

Cette maman de Sri Lanka qui vient de l’autre bout de Bangkok en bus avec ses 3 enfants. La plus petite m’aime bien, elle m’appelle “Father Orange” car mon nom est trop difficile pour elle et puis il est vrai je porte très souvent une chemise ou un maillot orange pour apporter un rayon de soleil dans ces vies misérables. Pour ses deux frères je suis simplement le papa ! Leur vrai papa est toujours enfermé dans le Centre de Détention. Auparavant il essayait d’oublier sa misère dans l’alcool et il battait sa femme (des voisins m’en ont averti). Maintenant les 2 plus grands vont dans une école à la pagode et étudient le thaï, ce qui n’est pas l’idéal mais au moins ils rencontrent d’autres enfants et ont un repas complet à midi. Seule dépense, le transport assuré par l’école.

Une autre régulière c’est N……., une Pakistanaise, 5 enfants, le papa vient de mourir pendant mon absence… Un des garçons fait des crises d’épilepsie. D’abord UNHCR l’a pris en charge, puis c’est la Fondation des Jésuites, les 2 m’ont écrit qu’ils ne pouvaient plus subvenir aux dépenses d’un traitement régulier pour cet enfant et me l’ont confié… Je m’en occupe tout en cherchant un organisme approprié qui accepte un enfant de refugié pakistanais… J’ai aussi fait appel à des familles thaïes… Certaines acceptent d’aider un mois mais je n’ai pas encore de solution durable !!!

Réfugiés derrières des grilles
Source : www.amnesty.org

Et puis il y a ces 2 mamans vietnamiennes qui, à notre dernière rencontre avant mon départ pour la France m’ont montré ce papier du propriétaire de leur logement, elles avaient une semaine pour quitter le logement, motif donné : rénovation ! Elles ont respectivement 3 et 4 petits enfants, les papas sont enfermés au Centre de Détention… Elles ont commencé leurs recherches d’une chambre bon marché. Mais comme réfugiées vietnamiennes, sans revenus, avec des petits enfants, c’est très difficile… La semaine était déjà bien entamée, je les ai mises en contact avec quelques amis, je leur ai donné un peu d’argent, elles sont reparties bien confiantes. Deux jours après l’une des deux me téléphone pour me remercier, elles avaient trouvé 2 chambres. Elles ont eu de la chance, d’autres en ont moins et connaissent des situations dramatiques.

Un autre cas, un Congolais, enfermé dans le Centre de Détention quelques années, victime d’une attaque cardiaque. Il a survécu mais se voit paralysé la moitié de son corps. Il est soigné à l’hôpital de la police mais dès qu’il va un peu mieux la police veut le rappeler au Centre de Détention. Avec des amis nous réussissons à le libérer sous caution ; sa femme le rejoint pour l’aider à se remettre. Il a toute sa tête, peut utiliser sa main et se déplacer lentement… mais reste sous la menace d’un retour au Centre de Détention (puisqu’il va mieux). Que faire ? Pour des raisons politiques il ne peut pas retourner dans son pays, et les ambassades ne veulent pas d’un handicapé !!!

Voici 4 familles parmi beaucoup d’autres, je les aide de mon mieux, je les mets en contact avec des amis, je les écoute, je partage leurs peines et elles comprennent que j’ai des moyens limités. Parfois elles repartent les poches vides, avec juste de quoi payer le bus, mais elles sont encouragées à continuer à lutter dans leur vie de misère avec un peu d’espoir d’une vie meilleure !!!

Et pour terminer je voudrais juste dire un mot sur une VDO qu’a faite un refugié pakistanais libéré après 4 ans pour me remercier. C’est un amateur qui a pu utiliser le matériel de son église. Il donne un aperçu sur mon travail avec les réfugiés, à la fac et chez moi, chez les Oblats. Il m’a suivi pendant 3 jours et si au début il me parlait de faire un clip de 3 minutes, finalement il a fait une VDO de 15minutes intitulée "Professor Bernard Wirth".Elle est en Anglais !.

Dans cette circulaire de janvier 2021 je donne très peu de nouvelles de mon année passée, l’ambiance de cet enfermement dans cette pièce depuis 8 jours y est pour quelque chose, mais c’est une part de mon vécu. Je voudrais ajouter pour ceux qui désirent soulager la misère d’une maman et peut-être contribuer à la scolarité de ces enfants, qu’ils peuvent envoyer un chèque a la Fondation de Mazenod, 36 rue de Trion, 69005 LYON avec mention pour Bernard Wirth, Thaïlande, le montant sera déduit de vos impôts et me parviendra en entier. Un grand merci d’avance en leur nom.

A toutes et à tous merci d’avoir eu la patience de me lire et Bonne Année 2021

Bernard Wirth

Pour information, en 2017 Bernard a été nominé au Nansen Refugee Award (ou Médaille Nansen), qui est un prix attribué par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés afin de récompenser les individus ou les associations ayant œuvré en faveur des populations déplacées. Une vidéo avait été réalisée pour soutenir sa candidature, sur le site du UNHCR. Même s’il n’a pas gagné, ses efforts et son soutien indéfectible sont remarquables et remarqués.

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