Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Dominique Dessolin

  1. L'art, Parole de Dieu

Concert diachromique dans le cloître
Concert diachromique de Colette Albiolo ; compositeur : Georgio Gabriele
Exposition dans le cloître : 'totems' de Vincent MarenCo
Totems de Vincent MarenCo

Penser la mission en termes de « nomadisme » et de « réseau »... Cela va à contre-courant de certaines forces centripètes, non ?

C'est le propre d'une œuvre d'art ; lorsque l'artiste crée, c'est une vraie parole, une autre forme de langage. Et cela rejoint notre charisme qui est tout de même, ne l'oublions pas, de parler la langue des gens. Mais l'œuvre d'art, une fois achevée, n'appartient plus à l'artiste. Elle appartient à celui qui la regarde, qui la reçoit. Et l'Église a sans cesse se redire que la parole de Dieu ne nous appartient pas. Elle appartient à celui qui la reçoit. On a la mission de l'annoncer, de la rendre perceptible, audible, mais elle ne nous appartient pas et l'on n'a pas à en être propriétaire.

En faisant ce travail d'aumônier des artistes, tu développes une nouvelle facette de ta vie missionnaire. Ce n'est pas totalement incohérent avec ce que tu faisais auparavant mais c'est tout de même quelque chose de nouveau, complémentaire de ce que tu fais au centre international de Mazenod. Qu'est-ce que tu découvres de nouveaux dans ce cheminement qui est le tien à la suite de l'Évangile sur les pas d'Eugène de Mazenod ? Et qu'est-ce que cela conforte, que tu savais déjà ?

Une chose continue à se creuser en moi, c'est le fait que l'acte créateur, le fait de croire en un Dieu créateur, est quelque chose qui a toujours traversé ma foi. Croiser beaucoup d'artistes et être sur ces lieux de création me nourrit. Cela nourrit ma lecture, ma perception de la relation de Dieu à travers des humains. Ça c'est clair ! C'est un prolongement parce qu'au bar « Tombé du Ciel », à Lyon, je croisais déjà bon nombre d'artistes.

Ce qui est plus explicite ici, c'est que j'ai une charge spécifique d'Eglise. C'est comme rappeler à l'Eglise diocésaine que dans sa longue tradition, la transmission de la foi est passée par l'art. C'est donc une chose à ne pas négliger aujourd'hui. C'est également très lié à mon travail avec le Centre International de Mazenod. En effet, la population artistique que je côtoie, tout comme le monde Oblat, qui fréquente Aix, est très internationale. Cela m'amène à croiser des artistes, et des Oblats, de différents pays. Du coup, pour moi, c'est intéressant de faire des parallèles. Cela me parle dans mon appartenance à la congrégation. Je suis allé apprendre un bout d'espagnol en Amérique latine pendant deux mois de mois et demi, je suis passé en Argentine ; et le premier chanteur que j'ai croisé ici à Aix venait d'Argentine... C'était intéressant ! Il y a plein de petites choses que ça.

Justement, dans ton travail, tu as la chance de pouvoir participer à tout plein de concerts, et de voir des expositions, de beaux tableaux. De cet ensemble, le tableau et le concert que tu gardes en tête ressemblent à quoi ?

Au niveau musique, c'est très certainement le travail que fait ce chef d'orchestre aixois qui travaillent avec des chœurs contemporains. Il avait donné un merveilleux concert à la cathédrale. C'est un homme qui travaillait avec des chorales entre 50 et 100 personnes. Je retiens de sa musique, non seulement la densité et la qualité, bien sûr, mais surtout le souffle qu'elle apportait de par la composition de la chorale faite de gens très divers et variés, et qui communiaient ensemble au moment d'un morceau de musique. Pour moi ça c'est quelque chose de très fort.

Au niveau de la peinture et de la sculpture, beaucoup de choses que j'ai vues en Amérique latine m'ont touché très fortement et me parlent comme une source d'espérance parce que ce sont des endroits où l'on allie la couleur et la matière avec toujours énormément de lumière dans les tableaux. Quand il y a de la lumière, pour moi, c'est source d'espérance ! Actuellement, ici en France, j'ai vu beaucoup de choses où l'artiste dit combien le corps est abîmé, comment il y a beaucoup de choses très dures, comme des cris, des souffrances. Cela doit nous interroger sur la façon dont on a abîmé l'humanité ici en Occident, là où l'on a perdu ce qui est lumineux ! Je crois que c'est simplement parce qu'on a perdu la capacité de rencontrer l'autre naturellement. Et je suis toujours émerveillé, quand des personnes commencent à se rencontrer et à se respecter, et du coup à grandir et à retrouver un peu d'humanité.

Je suis toujours surpris de voir combien ici, humblement à travers des expositions, des gens se croisent autour d'un tableau, commencent à discuter, et régénèrent du lien humain entre eux. Je pense qu'à cet endroit-là, quelque chose de Dieu se dit, parce que plus l'homme est homme, plus Dieu se révèle. Le chemin de révélation passe par une humanité accomplie. Et dans l'art, il y a quelque chose de cet accomplissement : quand une œuvre est capable de parler à quelqu'un du Japon comme à quelqu'un d'Amérique latine, d'Aix-en-Provence ou du fin fond de la Corrèze, eh bien, c'est parce qu'elle touche à quelque chose de l'accomplissement de l'humanité, à la transcendance ; elle dit quelque chose de ce à quoi nous sommes appelés, à cette «  perfection » de beauté et de réalisation, d'unité, en Dieu.

On vient juste d'ouvrir une exposition depuis lundi avec des totems dans la salle de Mazenod. Beaucoup de gens qui sont passés ont dit qu'ils avaient apprécié être dans cette salle avec ces totems. « C'est comme si c'était habité, m'a dit quelqu'un, cela m'a permis de m'écouter intérieurement et j'ai besoin d'y revenir. » Je crois que l'art joue ce rôle que jouent les églises lorsqu'elles ont été bien construites, de permettre à la vie intérieure d'avoir sa place, sa respiration.

Je dirais encore une chose. L'aumônerie pour l'instant est une charge diocésaine. Le vicaire général me disait qu'il y a d'autres endroits dans le diocèse... Mon souhait, cela commence à naître ici autour de la maison, ce serait vraiment de faire naître une petite cellule d'Eglise au niveau du diocèse, où se croisent des gens qui sont en chemin, des gens qui sont déjà d'Eglise, mais aussi des gens qui sont en chemin, portés par ce langage artistique. J'aimerais beaucoup que l'exposition que j'ai faite l'an dernier pendant le temps de carême, soit proposée ailleurs. Nous avons un projet pour Arles, avec le curé de Sainte Trophime. Il suffit que j'ai un peu plus de temps dans mon agenda !

Et là, on rejoint le terrain pastoral. Au fond, il s'agirait de faire de l'art un terrain pastoral : pas simplement être présent au milieu des artistes, mais faire de l'art une expression d'Eglise ?

Bien sûr ! Un lieu où l'on peut se croiser, où l'on peut faire Eglise ! C'est important, dans un diocèse comme Aix, qu'il existe quelque chose dans ce sens-là. Lors d'une réunion des aumôniers des artistes du sud-est, cela a été proposé : avoir dans chaque diocèse des cellules d'Eglise portées par un ou deux lieux phare. Je pense que nous sommes dans cette mouvance culture et foi.

Merci beaucoup et bonne continuation !

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