Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Marcel Glintzboeckel (1924-2020)

portrait de Marcel

Le provincial de France recommande à votre prière

Notre frère, le P. Marcel Glintzboeckel, de la communauté de Lyon, décédé le 20 avril 2020/

Ces dernières années, Marcel les aura passées à l’EHPAD Saint François d’Assise, à Lyon, sur la Croix Rousse. Il laissera le souvenir d’un homme qui a circulé et circulé et circulé avec son fauteuil roulant dans les couloirs et l’espace d’entrée. Et avec quelle énergie, à la force de ses bras. Il n’aimait pas rester en place, il fallait bouger, bouger. C’est à l’EHPAD qu’il a trouvé le fauteuil roulant. A la suite d’une première chute, il a dû être opéré du col du fémur, et peu de temps après, il tombait à nouveau ce qui lui valut une deuxième opération et le fauteuil roulant en partage ! La communication était difficile parce qu’il parlait peu et souvent en alsacien, et il n’entendait pas très bien.

Marcel est arrivé à l’EHPAD en venant de Strasbourg. Au début de ses années à Strasbourg, il était en quelque sorte vicaire dominical dans son village d’origine, au nord de Haguenau, dans ce qui se nomme l’Outre-forêt. Une localisation qui a son importance puisque la Forêt de Haguenau fait en quelque sorte frontière entre les Alamans et les Francs, tous deux de langue germanique, mais avec une mentalité différente et des façons différentes de ressentir la réalité. Ces années à Strasbourg ont été de bonnes années, mais progressivement la fatigue s’est faite sentir, il a abandonné le ministère, puis se trouvait de plus en plus perdu. Il a senti que son état se détériorait et il a dit au P. Noyer que son médecin lui aurait dit qu’il ne finirait pas sa vie sans devoir passer par une maison d’anciens.

Avant Strasbourg, il a passé de longues années à Augny. Il a été ordonné à Augny en 1952, si mes souvenirs sont bons et il y est resté longtemps. Je me souviens qu’il nous surveillait au dortoir. Il était d’un calme impérial, et son ambition était que nous restions dans des limites tolérables.

portrait de Marcel

Il me faut évidemment rappeler ses années passées à la guerre. Étant de 24, il a probablement été réquisitionné par les Allemands vers 42 ou 43. C’était un jeune homme de 18 ou 19 ans. Il a été affecté aux chars. Je me souviens qu’il nous a raconté une bataille, où, je ne me souviens plus. Il disait : « Ce matin-là quand j’ai rejoint mon char, en touchant le métal du char, j’ai eu l’intuition que j’allais mourir. Une phrase a résonné très fort dans ma tête : « Aujourd’hui elle vient », il s’agissait de la mort, une conviction très forte que c’était mon dernier jour. Et la bataille s’est engagée, ils étaient deux dans le char. Il disait qu’il était tellement épuisé qu’il avait l’impression qu’il lui fallait de longues minutes pour traduire en acte les ordres qu’il recevait dans son casque. Et puis, une nouvelle parole : « C’est maintenant » et il se tire de côté pour se mettre à l’abri, et un obus l’effleure et traverse le char. Il est sauf, j’ai l’impression que son compagnon également. Ils sortent du char, et en rampant, ils sortent du champ de bataille. A la nuit tombée, les chefs les ont obligés à aller récupérer le char. C’est ma version, sûrement très lacunaire, et d’ailleurs ces récits ont été publiés dans l’Immaculata, si je ne fais erreur. Pour finir, Marcel a été fait prisonnier par les Russes. Il se trouvait dans la file des prisonniers et quand vient son tour on lui demande : « germanuski ? » et lui a dit : « Nie, franzuski » « pas allemand, mais français » ce qui lui a valu d’être interné à Tambov, un camp de concentration où il passera cinq ou six mois, alors que les captivités comme soldat allemand pouvaient durer plusieurs années. A l’EHPAD, Marcel retrouvera un autre combattant qui avait fait Tambov, Monsieur Chaize, qui a raconté la dureté de cette captivité.

J’ai retrouvé Marcel dans les années 84 - 88, j’étais provincial et lui était économe à Augny. Marcel avait 60 ans, mais il me semblait déjà un peu dépassé par la situation. On avait introduit le système comptable, pas encore informatisé, mais, de la double comptabilité, une façon de faire qui oblige les comptables à faire juste !! Il peinait un peu à pratiquer dans cette nouvelle façon de faire. Il avait trouvé une Sœur de la Providence de Peltre, qui l’a beaucoup aidé à mettre ses comptes en forme. Durant les années d’Augny, Marcel ira faire du ministère chez les Troupes américaines ; entre temps, il avait passé une licence d’anglais, il pouvait donc s’en servir. Il suivait en cela l’exemple du P. Firtion, pratiquement adjoint de l’aumônier de la base de Bitburg en Allemagne. En 1988, le Collège a passé sous l’Administration de l’Enseignement catholique du diocèse, et une comptable a été nommée, en même temps qu’une nouvelle Directrice, Melle Chauvet. La communauté est supprimée et ses membres vont être affectés dans diverses communautés, c’est alors, par exemple que le Frère Emile Louis partira pour le Cameroun, le P. Firtion ira à Metz, Marcel et Gérard Buisson viendront à Strasbourg, les Frères Brunner et Bonicho à St. Ulrich, pour ne citer que quelques-uns.

Et voilà que notre frère Marcel a terminé le cours de sa vie, confiné dans sa chambre, lui le grand compétiteur en fauteuil roulant, victime du Cofid-19, après avoir échappé à tant et tant de dangers au cours de la 2e guerre mondiale. Il laissera l’exemple d’un homme pacifique, calme parce que fort, patient, son adage « Nous les aurons au souffle » est resté célèbre. En paix avec ses propres limites et sachant toujours encourager les autres. Que le Seigneur l’accueille dans la tendresse de sa miséricorde.

Jean-Pierre Caloz

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