Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Pâques-la-honte

Dans la nuit du 10/11 avril, des réfugiés partis de Libye, lancent un appel de détresse, mais ne voient rien venir. Ils n’ont pas la permission d’accoster à Malte… ou en Italie. Un peu plus tard ils ne sont pas recueillis par un bateau, qui, -disent les marins- n’était pas prévu ni équipé pour accueillir des réfugiés dont certains étaient peut-être déjà atteints par le covid-19…

Que sont-ils devenus ? Devinez ! ! !

Retour à la case-départ en prisons libyennes, où l’on sait très bien ce qui se passe ! Tous étaient « demandeurs d’asile » !



« Pâque surgissement des gouffres de la mort
Passage vers la Vie, écrasante Victoire ! »
C’est ce qu’on nous a dit !... Mais le pauvre à bâbord
Qui meurt au quotidien, ne croit plus nos histoires !

Karima du Soudan et Youssouf d’Érythrée
Ont pris la mer un jour en bateau de fortune
S’échappant de Libye aux prisons exfiltrées
Où tortures et viols sont chose très commune.

Soixante compagnons comme eux se sont enfuis
Engraissant les passeurs toujours plus affamés
Et pour vaincre la mort, demain ou aujourd’hui
La Pâque de la Vie arrive à point nommé.

La mer est bien trop calme et l’esquif trop léger
Et la moindre tempête emportera des corps
Mais l’instinct de survie aux futurs naufragés
Est la drogue qui pousse à défi-er la mort.

Combien de temps vont-ils dériver d’ouest en est
Pour parvenir enfin au rêve où l’on accoste ?
Déjà quatre d’entre eux ont sacrifié leurs restes
À la mer dévoreuse, inutile holocauste !

Après -Dieu sait combien- de jours à la dérive,
Au loin, comme un bateau : vrai-faux délire ultime ?
Derniers sursauts de vie en cris et en qui-vive
C’est le salut qui vient sur ce mortel abime !

Mais le bateau s’en va, qui aurait fait semblant
De ne pas les entendre : indifférence hostile
Prétextant qu’il n’y a ni docteurs ni soignants
pour accueillir à bord ce ramassis d’exil…

Humains en perdition, quand sept d’entre eux s’élancent
Espérant arriver au bateau salutaire
Ils n’atteindront jamais ce qui était leur chance…
Pâque-la-Honte vogue en bon droit mortifère !

Quelque angoisse plus tard, soudain, la côte au loin :
Ils s’approchent confiants, mais Malte les repousse
Déjà plusieurs d’entre eux gisent là dans un coin
Quatre ou cinq morts de soif sans bruit et sans secousse.

Pâque-la-Honte des Maltais en leur belle île
Qui vont fêter la Vie en côtoyant la mort !
Halleluia paisible et conscience tranquille
Protégés par leur Dieu bien loin du mauvais sort !

Pâque-la-Honte des menteurs, hautaine Europe
Qui parle et qui reparle en discours bien phrasés…
Elle enfante des fils aux cœurs devenus myopes
qui ne supportent plus de quitter leurs musées !

Pâque-la-Honte, Europe accueil en déchéance
Fausses raisons pour accuser certains navires
Médecins-sans-Frontière et d’autres suppléances
Qui sont forcés d’abandonner, et c’est le pire !

Peu importe après tout l’Étranger en malchance
Pourvu qu’on puisse en quiétude et piété
Célébrer Pâque au carillon de nos silences
Qui sonnent le déclin de nos cœurs empiétés !

Pâque-la-Honte à notre Europe qui s’enferme
Qui encercle de murs les consciences esclaves
Et qui croit rendre un culte au dieu qui met un terme
Aux « pires invasions » brisant nos autoclaves !

Pâque-la-Honte à Salvini, la croix en main
Comme utile gris-gris face au Mal-Étranger
Cette nuit-là bien-sûr, les ports étaient fermés :
« Arrêtons le virus qui va nous submerger » !

Pâque-la-Honte à nos pasteurs qui désavouent
CCFD ou Rosmerta en bonne entente
Et qui soudain s’en vont quêter et nous avouent
Vouloir aider le pauvre en urgence pressante… ! ?

Pâque-la-Honte à nos « censeurs » votant la Vie
Et deux-cent fois condamnent en propos mortifères
Ceux qui ne marchent pas en leurs lois non suivies
voués ipso facto à glisser aux enfers !

Pâque-la-Honte aux vanités de nos « prélats »
Ne cessant pas de parader toujours trop haut
Leurs mocassins vernis écrasent cancrelats
Et autre parasite agressant leur cerveau !

Pâque-la-Honte des croyants démissionnaires
Qui veulent avant tout éviter les ennuis
Et ne disant plus rien, ont l’ordre de se taire
Quand l’inhumain grandit et nous mène à la nuit !

Serge Cuenot - Lumière (84)
en ce dimanche dit « de la miséricorde »

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