Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Les « inaudibles »

Il aurait quelque chose à dire
le Baptisé du quotidien
mais son Eglise en plein délire
n’écoute pas les presque rien.

Il n’ose pas ouvrir la bouche
l’animateur en catéchèse
on le trouve même un peu louche
dans la paroisse qui lui pèse.

Ils sont des cents ils sont des mille
dans leurs diocèses-marche-arrière
ils sont vivants et indociles
face aux prélats durs comme pierre.

Mille muets, mille inaudibles
dont la parole est au placard
flamme discrète, imperceptible
cœur étouffé mis au rancart.

A force d’être inécouté
on se persuade en déplaisir
que nos paroles déboutées
sont mots qui n’ont plus rien à dire.

Inaudibles celles et ceux
qui écrivent comme un échec
cinquante lettres de taiseux
à la poubelle de l’évêque.

On leur a dit du haut du trône
qu’il leur fallait se convertir
sermons lessive et ardus prônes
ne préparent pas l’avenir.

Les mots sacrés culpabilisent
on dit les chrétiens en débâcle
on en rajoute on les méprise
on leur dit d’attendre un miracle.

Adorations et processions
un peu partout soudain fleurissent
les grands prêchent la soumission
en prostrations qui rapetissent.

Nos responsables font neuvaine
pour des projets faramineux
mais le ciel sourd en quarantaine
ne répond pas aux plans douteux.

Les inaudibles sont muets
devant les foudres du sacré
comment s’échapper du filet
pour la conscience à libérer ?

Question posée à nos prélats
par la parole et la présence
les prophétiques « halte-là »
sont mots qui meurent en silence.

C’était le souhait de l’Abbé Pierre :
que la voix des Hommes sans voix
empêche les grands de la terre
de s’endormir sur leurs pavois.

En notre Eglise, les « Macron »
affirment qu’ils ont entendu
mais leur écoute est un ronron
et la réponse s’est perdue.

Les gilets jaunes des diocèses
sur les ronds-points de l’inutile
sont-ils croyants en parenthèse
face au pouvoir qui se défile ?

Ah plût au ciel qu’en Avignon
on puisse abattre quelque part
le fort orgueil des hauts bastions
qui rendent sourds les vieux remparts !

Tous ceux qui vivent des merveilles
ne manquent pas soudain de voix
ce sont les grands qui sans oreilles
n’entendent plus les cris de Foi.

Ils s’en iront les inaudibles
vers d’autres cieux vers d’autres choix
là où les cœurs moins inflexibles
tendront l’oreille à mille voix !

Serge Cuenot, omi, Lumières (84)
31 janvier 2019

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