Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Bienveillance...

Depuis le mois de septembre, Yves Chalvet a rejoint l'aumônerie de l'Aéroport de Paris - Orly. Dans cet aéroport l’aumônerie regroupe les différentes confessions religieuses qui partagent les mêmes lieux d’accueil sauf les lieux de cultes qui sont bien distincts (mosquée, synagogue, chapelle commune aux catholiques et protestants). Yves Chalvet y est au titre de la religion catholique.


Juste avant de prendre mes nouvelles fonctions comme aumônier de l’aéroport d’Orly, je me suis présenté au Directeur d’"Aéroport de Paris Orly". Son accueil a été plus que cordial et durant notre échange, un mot est revenu à plusieurs reprises : « la bienveillance ». À en croire le dictionnaire Wiktionnaire, la bienveillance « consiste, résume Catherine Gueguen, « à porter sur autrui un regard aimant, compréhensif, sans jugement, en souhaitant qu’il se sente bien, et en y veillant ». Voilà donc un défi à relever dans ce village aéroportuaire où travaillent 30.000 salariés et où circulent, chaque année, pas moins de 3,5 millions de passagers.

Défi de la bienveillance mais aussi celui de la sécurité. Pour que les uns et les autres se sentent en sécurité, pour que le ballet des décollages et atterrissages se déroule harmonieusement, pour que chacun rejoigne sa destination en toute liberté, pour que les salariés puissent travailler efficacement, mieux vaut établir quelques règles.

dans les couloirs d'Orly

Et s’il existe un lieu, parmi d’autres bien sûr, où le maître-mot est « sécurité », c’est bien celui d’un aéroport international. Pour pouvoir travailler dans les différentes zones de l’aéroport, même comme membre de l’aumônerie, il faut être « badgé ». L’obtention de ce dernier suppose avoir satisfait à une formation de 3 heures sur la sécurité et la sûreté : vous aurez donc à ingurgiter en 8 séquences, outre les sigles et abréviations : PIF (Poste d’inspection filtrage); PAF (Police aux frontières); ZSAR (Zone de sécurité à accès réglementé); TCA (Titre de circulation aéroportuaire); LPV (Laissez passer véhicules); DGAC (Direction générale de l’aviation civile)... Tout un tas de notions de sécurité et de sûreté. Cette formation à distance se termine par des questions à choix multiples où votre score doit atteindre une note égale ou supérieure à 12. Au bout de 3 ans, vous devez satisfaire de nouveau à ce test pour que la validité de votre badge soit mise à jour. De couleur différente selon le type d’autorisation, ce badge vous donne accès à des zones de sécurité bien définies : A comme Avions, B pour bagages, F pour le Fret et P pour les passagers. Et gare à vous si votre badge n’est pas correctement identifiable ou si vous circulez dans une zone où vous n’avez pas accès. Il vous en coûtera 150 € pour le port d’un badge non visible et 6 jours de suspension. L’accès non autorisé à certaines zones vous coûtera la somme de 750 € avec 30 jours de suspension. On ne badine pas avec la sécurité ! Et la vigilance reste de mise quel que soit l’endroit où vous circulez.

J’en reviens à la bienveillance : lorsque vous déambulez dans les halls, vous rencontrez toutes sortes de personnes : le passager qui ne sait plus où est son hall d’embarquement ; la petite mamie ignorante de la langue française que son fils a laissée sur le trottoir du dépose-minute, sans un sou et qui rate son vol ; la personne âgée qui voyage avec une telle quantité de bagages qu’elle ne peut, sans le secours d’une tierce personne, acheminer son chargement vers la sortie ; le passager coincé à la détaxe qui n’arrive pas à scanner ses documents et frappe à la porte de l’aumônerie ; ou encore cette femme en larmes qui essaie de communiquer avec son mari lequel est à bord d’un avion, reconduit à la frontière pour défaut de papiers, quand ce n’est pas l’angoisse d’un salarié qui n’y arrive plus, inquiet d’une prochaine privatisation. Il y a aussi ceux qui viennent bavarder, prier, se confesser… et même remercier d’avoir pu accueillir un fils, une fille, un parent après tant d’années de séparation.

De façon permanente, il faut pouvoir conjuguer cette attitude de bienveillance et celle de la vigilance. Dans notre entretien, le Directeur de l’aéroport me disait combien il appréciait l’écho des membres de l’aumônerie. Un autre regard, une autre façon d’être présent pour que le personnel et les passagers se sentent bien. L’équipe d’aumônerie peut se trouver, en quelque sorte, en première ligne…et certains aumôniers peuvent être d’astreinte, joignables à tout moment.

Il y a certainement une attitude évangélique dans cet univers qui consiste à mettre toujours au centre la personne humaine. Certains vous diront que l’aumônerie ne rapporte rien. Si elle peut faire en sorte que tout personnel, tout passager se sente bien, c’est déjà quelque chose de positif. Un « bonjour », un « puis-je vous aider ? », cela ne coûte rien, mais cela change la donne.

Je crois beaucoup à la pastorale des « petits pas ». Et des petits pas, nous en faisons beaucoup au long d’une journée. Et nos petits pas s’arrêtent parfois pour la célébration de l’Eucharistie ou un temps de prière à la chapelle d’Orly Sud. C’est aussi là que nous demandons au Seigneur de « veiller » sur toutes ces personnes, comme nous lui adressons cette prière de savoir prendre soin de ceux et celles qui, même pour un instant, nous sont confiés. Se sentir en sécurité, pourvoir circuler en toute liberté, savoir que quelqu’un prend soin de vous, n’est-ce pas un peu de cette clameur qui monte vers le ciel : « Seigneur donne-moi un toit, un peu de pain, du travail, la santé et par-dessus tout, des frères et sœurs sur lesquels compter ».

J’aime bien cette belle prière que l’on trouve « enchâssée » dans ce carénage d’un réacteur situé à l’entrée de la chapelle d’Orly Sud :

Ô toi le Dieu très présent
guide-nous dans la paix laquelle nous voulons aller.
Permets que nous atteignions notre but sans encombre.
Protège-nous de tous les dangers pendant que nous voyageons
sur terre, mer ou dans les airs.
Ouvre nos yeux et notre cœur
afin que nous voyions ton visage
à travers la beauté du monde et la rencontre du prochain.
La création que nous découvrons avec étonnement, jour après jour,
c’est la tienne, Seigneur.
Tu es si merveilleux. Nous te remercions. Amen !

Yves Chalvet

Contact Hébergeur : Arsys © Missionnaires oblats de Marie Immaculée - Province de France - 2013