Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Bernard Dauguet (1933-2017)

portrait de Bernard Dauguet

Bernard-Michel-Pierre-Louis Dauguet est né le 17 juillet 1933 à Monthault, en Ille-et-Vilaine. Son papa était artisan sabotier, sa grand-mère tenait un café. Très tôt il a senti l’appel à la vie missionnaire et il est venu ici au juniorat des missionnaires Oblats de Pontmain, il y a fait toutes ses études secondaires de 1946 à 1953. Il fit son année de noviciat à La Brosse Montceaux et prononcera ses premiers vœux de religieux le 8 septembre 1954. Il partit alors à Solignac en Haute Vienne pour ses études de philosophie et de théologie, interrompues 28 mois par le service militaire. En Algérie, il imposa le respect des prisonniers du FLN contre les ordres reçus. Ordonné prêtre le 2 juillet 1961, il fut envoyé au Tchad dans la mission de Pala.

Il se mit aussitôt à l’étude de la langue ngambaye qu’il maitrisa rapidement grâce aux visites quotidiennes dans les familles. Il animait aussi les « Cœurs Vaillants » le mouvement d’action catholique de l’enfance. Il lui fallait beaucoup d’activités physiques, la conduite d’un vieux GMC, la taille des arbres, le débroussaillage. Je laisse ici la parole au Père Pierre Court son compagnon :

« Oui, Bernard avait un caractère bien trempé ! Il est bien connu pour son tempérament irascible, pour ses éruptions volcaniques et ses propos qui fusaient sans pitié pour ceux qui en étaient la cible ! Il en souffrait lui-même, et cela l'a beaucoup desservi et donnait une fausse image de lui. Car, celui qui vivait avec lui, au quotidien, savait qu'il était un homme de cœur, généreux, serviable, travailleur (manuel et intellectuel), plein d'humour, à l'esprit vif, à la répartie fulgurante, d'une foi solide, attentifs aux gens, de très bon conseil.

« Bernard est un homme sur lequel je pouvais compter, m'appuyer. De 10 ans mon aîné, toujours il m'encourageait, à innover dans la manière de faire la pastorale, s'il le fallait. Il aimait les Zimé autant que moi. Il m'a encouragé à apprendre leur langue. Avec lui, pas de rivalité, pas de chasse gardée. Il avait accueilli avec enthousiasme le tournant radical fait dans la catéchèse des adultes, avec la mémorisation des évangiles. « Notre région de Pala a été touchée à plusieurs reprises par la guerre. Bernard avait fait la guerre d'Algérie et il savait les bonnes décisions qu'il fallait prendre pour préserver la vie... ainsi ce jour (et cette nuit) où tous ceux de la mission et de l'évêché ont fui à temps sur les collines à 4 km de Pala pour être à l'abri des combats. Après cette nuit-là, chaque jour il est resté présent à la mission, vigilant même la nuit, pour faire face au pillage.

« Quand les gens de la Police personnelle du président Habré sont venus à la mission de Pala pour m'embarquer (pour une fausse accusation), il ne m'a pas lâché d'une semelle durant tous les jours où j'attendais qu'on m'interroge. Solidarité fraternelle ! Je m'en souviendrai toute ma vie. Merci Bernard. Que d'anecdotes montrant son courage je pourrais raconter ! »

En 1986 il partit à Bongor, il anima le mouvement « Justice et Paix » chez les fonctionnaires chrétiens qu’il réunissait aussi autour de la Bible. Bon organisateur il s’occupait de la polycopie au service de toutes les missions de sa zone. En 1998, à la faveur d’un congé il s’initia à l’informatique et au secrétariat en vue de soulager l’évêque qui n’avait pas de secrétaire. Ce travail confiné ne pouvait lui convenir, il rentra définitivement en France l’année suivante.

Il fut envoyé à la Maison de Strasbourg où on le nomma économe de la maison. Il prit en main l’entretien de ce grand terrain, tout sens dessus dessous après la tornade de la fin 1999. Il y fit un travail considérable. Sentant ses forces diminuer il demanda à revenir à Pontmain, près du berceau familial. Il a continué tant qu’il a pu à entretenir le parc pour qui il a réhabilité des espaces jusque là envahis de ronces et de broussailles. Courageux, tenace, parfois intrépide jusqu’à l’imprudence, il accueillait joyeusement les promeneurs.

Enfin, la maladie l’a coupé du grand air, l’intériorité a pris le pas sur l’extérieur, et les dernières semaines lui ont ouvert le cœur et ont fait disparaitre la cuirasse qui protégeait sa sensibilité trop vive. Il est parti en frère réconcilié qui demandait pardon. Que son Seigneur le prenne dans sa miséricorde.

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