Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

73è anniversaire des fusillés de La Brosse

la foule devant les grilles du chateau


Ça commence par un air de déjà-vu : les drapeaux, les médailles alignées sur les vestes, les écharpes tricolores à l’épaule des élus ou de leurs représentants, les retrouvailles conviviales devant les grilles du château, le lancement de la cérémonie (« drapeaux, levés ! ») et la marche silencieuse de la foule à la suite des porte-drapeaux en direction du monument… Il me semble avoir déjà vu ça l’an dernier, et l’année d’avant, et encore celles d’avant. Et avant ? Je ne sais pas, je n’y venais pas, mais je me doute…

la marche dans le parc vers le monument


Bref, quand nous arriverons au monument, je parie que la cocarde tricolore aura été apposée à chacune des croix commémorant les cinq massacres. De même, une grande banderole tricolore recouvrira la grande croix de trois mètres de haut qui domine le monument sur lequel est inscrit : « Nul ne peut avoir d’amour plus grand que de donner sa vie pour ses amis ».

Nous arrivons. Gagné ! Tout comme l’an passé… la gadoue en plus. Pas étonnant, vue la saucée qu’on s’est prise juste avant la cérémonie ! C’est à peu près la seule chose imprévisible d’une année sur l’autre : la météo !

la foule devant les grilles du chateau

Mais alors, pourquoi tous ces gens reviennent-ils... et moi avec ? Car à l’évidence, beaucoup sont des habitués. Nous ne sommes tout de même pas uniquement venus pour le kir/jus d’orange que l'Association du souvenir des Oblats nous offrira au terme de la cérémonie !

Étrange, ce besoin de routine !

L’animateur va monter sur l’estrade et appeler l’un après l’autre les corps constitués. Ceux-ci viendront à tour de rôle déposer une gerbe de fleurs sur les marches du monument. Ils marqueront alors respectueusement le silence en se tenant solennellement droits devant le monument, avant de regagner leur place.

la marche dans le parc vers le monument

Oui ! Tout pareil que l’an passé ! Mais justement, là est la force de cette cérémonie, dans ce déjà-là tellement déjà vu que les personnes présentes peuvent se consacrer à l’essentiel : le travail de mémoire. Parce que la cérémonie baigne dans une ritualité plus que rodée, nous pouvons tout à loisir nous laisser porter par son rythme lent et paisible, disons fluide, qui offre la possibilité de changer d’espace-temps, de quitter le rythme ordinaire d’un mois de juillet finissant pour épouser celui de la mémoire, du recueillement et de la méditation. Au fil des gerbes de fleurs déposées gagne lentement l’émotion, sereine au regard des 73 ans qui nous séparent de la tragédie, mais néanmoins profonde. Derrière les défis que relevèrent ces résistants d’hier se profilent ceux auxquels nous devons répondre en 2017, radicalement différents bien sûr, mais faisant appel à une même droiture intérieure !

>gros plan sur un porte-drapeauça, c'est il y a deux ans, mais je vous jure, c'était pareil cette année !

Monte à ma mémoire le beau livre de Michel Terestchenko : Un si fragile verni d’humanité. L’étoffe dont sont fait les héros, écrit-il, n’est pas constituée d’une matière extra-terrestre ; les héros sont tellement nous ! Quand on les regarde enfants, quasiment rien ne les distingue de ceux qui, plus tard, basculeront dans le camp de la lâcheté, de l’immonde et du pire. Mais voilà, d’engagements minimes en engagements plus grands, ils dessinent la route du 24 juillet, tandis que les autres, de renoncements futiles en fuites béantes, programment leur GPS sur la noyade spirituelle. A la base de ce choix : la capacité d’opter, fondée sur une conscience claire, simple et droite du sens de l’éthique, une façon de cultiver le bien-penser, le bien-conduire et le bien-agir étayée du sentiment, peut-être flou mais solidement ancré, que c’est aussi dans celle des autres que se joue notre propre existence : « Suis-je le gardien de mon frère ? » demandait Caïn. « Oui ! » répondent unanimement toutes celles et ceux que la Gestapo fusilla durant ce si terrible été 44 !

les cinq croix revêtu de l'écharpe tricolore

Nous venons d’entonner le Chant des partisans. Suivra la Marseillaise. Tiens ! J’ai eu une absence durant les discours du maire et du représentant du Préfet de Seine-et-Marne. Bon... En me référant à ceux de l’an dernier, je devrais y retrouver l’essentiel… Ah non ! La citation de Saint-Vincent de Paul par le représentant du préfet est nouvelle ! Ritualiser ne signifie pas copier-coller !

Je représente les Oblats. Il me revient donc d’avancer pour l’appel aux morts. J’égrène le nom des cinq fusillés tandis qu’est proclamé à la suite de chacun d’eux : « Mort pour la France ! ». Bêtement, simplement, sur cette pelouse détrempée de Seine-et-Marne, je me surprends à être fier d’être Oblat… !

Bertrand Evelin

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