Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Martin Kedah

"En France, il y a le respect des personnes"

en étude au scolasticat de Lyon

Qu'est-ce qui était prévu pour la suite ?

Le Provincial avait été clair : « Après tes deux années de stage en Guyane, tu iras à Lyon pour étudier la théologie. » Mais entre temps, il avait changé et donc, il y avait un peu de suspens, c'était point d'interrogation ! Mais le nouveau Provincial a confirmé le choix de l'ancien.

Tu es donc arrivé à Lyon l'an dernier ; c'est ta deuxième année. Est-ce que tu vois une continuité entre ces études et ce que tu as fait auparavant ? Est-ce qu'elles enrichissent ton expérience ? Au fond, que retiens-tu de la théologie ?

Ces études m'aident beaucoup dans la relecture de mon stage. Il y a des questions, des interrogations, auxquelles j'étais confronté, et désarmé, n'ayant pas de mots pour les traduire. Il y a des moments où je découvre que j'aurais pu aller plus loin dans tel ou tel entretien avec telle personne. Il y a cette relecture permanente, et puis, autre dimension, je découvre après coup que ce que je disais à tel ou tel moment n'était pas anodin, se tenait dans la ligne de l'orthodoxie ; pourtant je le disais comme ça, juste à partir des acquis de ma formation comme chrétien, et tout à coup, je découvre que, tiens ! je n'étais pas complètement à côté de la plaque ! Il y a cette dimension, c'est vraiment très intellectuel ; et en même temps, le stage que j'ai fait m'aide à voir que le travail intellectuel n'est pas le tout de la pastorale, qu'il me faut également faire attention à ma vie de prière, nourrir spirituellement ces études, grandir spirituellement, parce que parfois, en pastorale, on est confronté à une situation où les gros concepts n'entrent pas, où les gens veulent surtout voir comment tu vis ; c'est ça qui leur parle. Quand je vois comment j'étais avec les Amérindiens, c'était des partages très simples : être avec eux. Du coup, ce que je reçois m'amène à ne pas à être trop « cérébral » dans la pastorale. Je m'interroge toujours sur comment transmettre ce que j'ai reçu.

Tu arrives en métropole, quel regard portes-tu sur la France ? J'ai même envie de préciser la question : quel regard émerveillé portes-tu, et quel regard critique ?

La première chose qui m'a émerveillé en arrivant, c'est le respect des personnes. Cela m'a beaucoup marqué. On se respecte, les gens ne cherchent pas vraiment à piétiner les autres. Et puis dans les administrations, il y a de la discipline : si tu es le premier à venir, on te laisse passer, et les gens t'accueillent avec beaucoup de gentillesse et de service, contrairement à ce que j'ai connu ! Il n'y a pas à passer par des négocations ou bien, si un « grand » arrive, les petits doivent se mettre sur le côté, ce qui arrive, chez nous ou ailleurs.

Au niveau des églises, on me disait que c'est une vieille église, vide. Mais je me suis rendu compte que ce n'est pas si vide que cela. Vu les siècles - depuis le deuxième, pour Lyon ! - la foi est très vivante. Cela m'impressionne. Je me pose la question : chez moi, après à peine soixante ans d'évangélisation, on voit déjà des gens fatigués ! Est-ce que cela va durer comme ça ? On commence déjà à voir des gens qui quittent car ils ne voient plus rien. Et là, cela a pris des siècles et cela tient toujours, c'est encore enraciné ! Cet enracinement à travers les siècles m'a beaucoup touché. L'histoire de l'Eglise, je le sens, cette richesse des églises construites où, quand on t'explique, tu te rends compte que c'est tout une catéchèse qui est là, ce n'est pas construit au hasard, c'est toujours chargé d'une théologie derrière. J'apprends tout cela.

Et quel regard critique portes-tu ?

Une des choses un peu critique, je me suis rendu compte, je peux me tromper mais j'ai l'impression qu'on n'est plus trop responsable de l'autre. C'est chacun qui fait ce qu'il pense bien pour lui, et personne n'ose dire à l'autre : voilà, ce n'est pas bon... Il faut un peu s'aider dans le sens du bien, mais je me rends compte qu'ici, chacun fait son chemin, et apparemment, rien n'est mauvais et rien n'est bon. Et tu vois une attitude bizarre où on te dit : "Non ! lui, il est comme ça, c'est son look ». Et il n'y a pas trop cette attitude où tu te dis : « Il est mon frère et je dois lui dire que cela ne va pas ! » Du coup, chacun reste dans son coin et on n'ose pas trop aller vers l'autre pour le connaître.

Deuxième chose : tout est cadré par des lois, il faut faire attention quand on prend certains engagements, il faut vérifier. Et puis l'Etat a pris beaucoup de place dans le social. Du coup, c'est bien mais cela réduit les relations humaines. Tout est pris en charge par l'Etat, on n'a pas à aller spontanément vers l'autre pour le secourir, parce qu'il y a des gens « faits pour ça ». Une fois, en haute-Normandie chez un ami, un homme est tombé devant nous. Le sang coulait... On ne pouvait rien faire sinon appeler ceux qui devaient s'en occuper ! Ça, c'est bien, mais quand même, cela réduit quelque chose dans les relations humaines pour aller plus spontanément vers l'autre !

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