Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Martin Kedah

"Notre joie, c'est que tu réussisses"

Martin et une religieuse au Nord-Cameroun

Qu'est-ce qui t'a le plus marqué au noviciat ?

Il y a d'abord la discipline de vie où chaque instant est chargé de quelque chose. Il n'y avait pas vraiment de temps vide. Ça fait qu'on était amené à prendre au sérieux chaque moment, à commencer par le temps de prière ! Et le maître des novices y tenait, même pour le temps de récréation. Ça m'a amené à prendre en compte la nécessité d'une vie, d'une journée, programmées, bien disciplinées. C'était vraiment rythmé : la prière, le travail,... Si on n'était pas à la prière, on était en train de travailler, ou bien, il y avait le moment de récréation.

Surtout, deuxième chose, je retiens la vie communautaire entre les novices. La manière dont nous étions solidaires pour nous entraider, pour cheminer ensemble. Ça nous a beaucoup aidé parce que ce n'était pas toujours facile. En se soutenant, nous sommes parvenus quand même à cheminer ensemble, nous soutenant vraiment dans le bien.

Je me rappelle notamment les moments de correction fraternelle. Au début de l'année, c'était très chaud ! On se disait des choses, parfois, des éclats de voix... Mais après, ça s'estompait, chacun prenait en compte ce que l'autre venait de lui dire. Parfois la manière de le dire n'était pas bien, mais j'ai constaté une évolution. Chaque correction fraternelle était différente. Et puis j'étais impressionné car, à la fin de l'année, ce n'était plus... finalement j'ai senti qu'on se comprenait. Les manières de dire ce qu'on avait à reprocher à l'autre avaient changé, ainsi que la manière de recevoir les reproches. Alors je me suis dit : « Tiens ! il y a eu une évolution ; on a fini par se comprendre, et à grandir ». Ce sont ces moments-là qui m'ont marqué, et ça reste !

Et donc, tu as prononcé tes premiers voeux. Comment ta famille a-t-elle réagi ?

Déjà, bien avant, la famille avait fini par accepter mon choix. Ils ne comprenaient pas bien le cheminement, mais la maman est venue aux premiers voeux et je crois qu'elle était très contente. Finalement c'est elle qui m'a encouragé !

Surtout, au moment où je voulais jeter l'éponge, ce sont les parents qui ont pris la relève ; eux qui, au départ, constituaient plutôt un obstacle, ont fini par être un appui. J'ai connu des moments où je voulais laisser tomber et c'est chez mes parents que j'ai trouvé du réconfort pour continuer. Je me rappelle également une fois où je suis parti en vacances. Je trouve la maman, elle avait bonne mine, elle avait pris du poids. Elle m'a dit : « Je suis contente car tu chemines bien, et tes petits frères réussissent aussi à l'école, c'est ça ma joie ! C'est pour cela que tu me vois en forme. Il ne faut pas te soucier. » De fait, je me souciais beaucoup pour ma famille, je voulais quitter pour m'occuper de mes petits frères parce que mes parents n'avaient plus assez de moyens pour soutenir leur scolarité. Si je quittais, je pouvais trouver du boulot et les aider efficacement. Ma maman m'a fait comprendre que non : « Il ne faut pas te soucier. Comme dit l'Évangile d'aujourd'hui, il ne faut pas alourdir ton coeur par le souci du monde. » C'est ce qu'elle m'a dit en d'autres termes : « Tu as choisi ce chemin spirituel », elle m'a dit ça en langue, « cela signifie qu'il faut laisser de côté le souci du matériel. Notre joie, c'est que tu réussisses. Quelle que soit notre pauvreté, tes petits frères vont étudier. » C'est cette parole-là qui m'a fait tenir. Et cette année, si Dieu le veut, le papa sera baptisé ! Tout cela, je crois, ce sont les effets... Finalement la famille s'est engagée avec moi ! Toute la famille prend au sérieux l'engagement dans l'Eglise.

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