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Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Brésil

Henri Leconte, tout sourire, lors d'un passage à Paris

Henri Leconte nous envoie régulièrement des nouvelles du Brésil où il est missionnaire depuis de longues années.

Il est très engagé auprès des Indiens


Je suis missionnaire Oblat de Marie Immaculée, et je suis arrivé au Brésil en 1998, il y a 18 ans, quand j´avais déjà 65 ans. Actuellement le Brésil est à l´ordre du jour, avec le "coup d´Etat blanc" (comme l´a dit le Pape François lui-même dès en avril) qui a destitué la Présidente Dilma, et l´a remplacée par des "super-corrompus".

Avant, il y avait eu les JMJ avec le Pape François, à Rio de Janeiro, suivies en 2014 par le Mondial de foot, et cette année par les J.O. : le Brésil de la réussite (tourisme, expansion économique...). Quand on parle du Brésil, viennent aussi à l´esprit, du point de vue religieux, le 'slogan' du "pays le plus catholique du monde", et la théologie de la libération. Mais pourquoi la théologie de la libération, centrée sur la priorité aux pauvres, si tout était si parfait ! Et pourquoi partir missionnaire dans un pays qui serait le plus catholique du monde !

Le Brésil est en fait un pays de grandes inégalités. Tout le monde le sait, mais on essaie de l´oublier en se cantonnant sur la pauvreté dans les favelas (qui n´existeraient d´ailleurs qu´à Rio). Et je pense personnellement que cette inégalité n´est pas à exclure comme cause de la très grande violence et de la très forte corruption au Brésil.

Les pauvretés au Brésil sont nombreuses, et même la pauvreté religieuse, malgré ce qui est connu comme la religiosité populaire , très importante et qu´il ne faut pas mépriser: c´est un support important. Mais la pauvreté religieuse se manifeste, entre autres, par la prolifération galopante des courants (ou sectes) évangéliques qui promettent le bonheur rapide et à portée de main : il suffit de croire en Dieu et tout est résolu.

Maintenant, devant le déclin de la croissance économique du Brésil, et la nouvelle situation politique, les inégalités, déjà très fortes, vont augmenter, et la pauvreté sera de plus en plus une réalité.

Un Indien en costume traditionnel

LES INDIENS, GRAND EXEMPLE DE CETTE PAUVRETE.

Après avoir été pendant quelques années curé de paroisse dans la périphérie pauvre de Bélem (en Amazonie), j´ai demandé, à 75 ans, à être déchargé de responsabilité paroissiale, et je suis rentré en contact avec le CIMI (Conseil Indigène Missionnaire), qui travaille depuis 50 ans à la sensibilisation au problème indigène, et très actif auprès de ces communautés.

Les Indiens, c´est un des grands problèmes du Brésil : il faut les éliminer, et cela depuis l´arrivée des Européens, il y a 500 ans. De 8 millions à l´époque, il en reste 800.000. Il y a eu des époques de véritables tentatives d´extermination. Maintenant, sous couvert d´intégration, la lutte (par la négation et le non-respect de leur culture, par les expulsions...) continue. Ces "primitifs incultes, ces sauvages, ces improductifs" sont une "tache" et une "tare" dans une société évoluée comme le Brésil.

Comme élément de comparaison, je prendrai le Cameroun, où les Oblats sont également très présents. C´est en fait le même système de tribus. Mais au Cameroun, toutes les tribus continuent avec leurs langues (150 langues parlées) et leur originalité. Au Brésil, non.

Lorsque le CIMI fut créé, il y a 50 ans, le document de base (avec analyse de situation) titrait : "Au Brésil, l´Indien, celui qui doit mourir". Pour l´anniversaire des 40 ans du CIMI, un nouveau document, symbole de l´engagement du CIMI, titrait : "Au Brésil, l´Indien, celui qui doit vivre ". Mais la lutte est tellement inégale !

Personnellement, quand j´ai quitté le ministère paroissial, j´ai assez rapidement pris contact avec le CIMI. Mais j´ai hésité pendant 2 ou 3 ans, à cause de mon âge, à entrer vraiment dans cette pastorale. J´ai finalement accepté un voyage dans un village indigène (à 7 heures de voyage de Bélem, et 2 jours dans le village !!!). Malgré la difficulté, j´ai senti que j´étais 'mordu', et que je ne pouvais plus, ni ne voulais reculer. Depuis 6 ans maintenant, je vais régulièrement dans des villages Tembé et Amanahé (de la grande ethnie des Guaranis). Ces voyages demandent entre 3 et 10 heures de voyages, et je reste 2, 3, ou 4 jours. Bien sûr que c´est fatigant (il y a un âge pour tout), mais tellement riche; et tant que la santé permettra, j´espère continuer.

Roberto dans un camp indien
Roberto de Valicourt

Quand je ne pourrai plus voyager, je verrai comment continuer avec les Indiens perdus en ville, et qui, très souvent, après 2 ou 3 générations, ne veulent plus se reconnaître Indiens, tellement l´Indien est méprisé. La honte l´emporte.

Un autre Oblat, le père Roberto, centre déjà sa mission sur les "Indiens en ville", à Manaus. Dans cette ville, comme dans d´autres villes du Brésil, la réalité indigène est encore très visible, avec de véritables villages gardant leur culture, ce qui n´est plus le cas à Bélem, et ailleurs. (Un militant très engagé avec les Indiens, a même fait une étude de 'post-graduation en doctorat' sur les Indiens de Manaus. À Bélem, le diocèse envisage de créer une Pastorale Indigène. Ce sera plus difficile, car, même les Indiens qui se reconnaissent comme tels, vivent isolés. Ceci pour dire qu´il n´y a pas qu´une seule approche de la réalité indigène. Et plus les Indiens vont être expulsés de leur terre et déracinés dans les villes, plus ils auront de difficultés à accepter de se reconnaître Indiens. Il y aurait une tendance à dire : "dans les villes, l´Indien, celui qui doit mourir." Avec le CIMI, il faut plutôt agir avant tout déracinement, et dire : "Au Brésil, villes et campagne, l´Indien, celui qui doit VIVRE "

Henri Leconte OMI

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