Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Témoins

Olivier Peyrat

C'est un peu le hasard qui m'a amené chez les Oblats. Depuis tout jeune, je voulais devenir prêtre missionnaire mais surtout, servir les plus pauvres, les gens malheureux. Des films comme « Monsieur Vincent » ou « Shogun » m'avaient beaucoup marqué.

Le Rwanda également ! Et là, ce n'était pas un film ! Les images du Génocide du Rwanda en 1994 ont été décisives, dans un choix radical auprès de ceux qui souffrent, auprès des sans-voix.

J'ai vu le jour en Corrèze en septembre 74. J'ai grandi dans un petit village qui s'appelle Saint Clément. J'ai fait l'école primaire, le collège. Je suis alors parti en apprentissage en électro-technique puis en commerce. Ensuite je suis parti travailler pendant deux ans au Secours Catholique à Limoges. Suite à mon parcours, je suis rentré chez les Oblats.

Aujourd'hui, je suis aumônier des étudiants, à Strasbourg. Un aumônier, c'est quelqu'un qui accompagne humainement et spirituellement les gens dans leur foi, dans leur chemin d'humanité, qu'ils soient chrétiens ou non d'ailleurs !

J'aime bien l'évangile de St Jean, notamment le récit de la résurrection de Lazare, de son « réveil » pour être plus exact : Jésus est ému aux larmes, ce n'est quand même pas banal ! Mais aussi, il nous libère : « Déliez-le ! » Dieu nous transforme et nous appelle à transformer les autres, tout un programme...




On pense parfois que "missionnaire", ce sont forcément des trucs extraordinaires, ou au contraire profondément "nuls". Bref, on cherche de l'exceptionnel. Olivier, je voudrais savoir comment tu vis ta vocation au quotidien... parfois banal ! Comment maintiens-tu vivant l'enthousiasme des premiers jours ?

Oui, de fait, on n'a pas tous les jours une apparition de la sainte Vierge ! Il y a une phrase qui dit : "Les autres sont nos véritables voyages". C'est ce qui me fait lever le matin ! On a toujours ce rêve de partir au loin, mais ce qui me nourrit, ce qui me rend heureux aujourd'hui, c'est ce qui va être vécu avec les gens que je rencontrerai dans la journée, en sachant que quelque chose de mon humanité et de mon rapport avec Dieu se joue là.

Dans nos textes oblats de référence, une petite phrase dit : "on nouera des amitiés franches et droites". Pour moi, c'est fondamental. Cela enrichit l'équilibre personnel. Quand il y a des difficultés et que je me dis : "Pourquoi suis-je Oblat ? Je pourrais être jésuite, bénédictin, m'enfuir...", je me dis que cela ne sera pas plus facile ailleurs. il faut éviter de faire trop de rêves sur la montagne, essayer d'être concret, réaliste. C'est ce qui me nourrit.

Et ce concret se réalise dans la rencontre de l'autre ?

Oui, les autres sont vérirablement nos voyages !

Qu'est-ce que tu y trouves ?

Des richesses dans ce que vivent les gens. Je pense à ce gamin qui entreprend une démarche vers le sacrement de réconciliation. Il me partage ce qu'il vit : "Les autres ne m'aiment pas toujours mais moi je les aime". Ce sont des petites phrases essentielles de la vie ! Ces personnes te bousculent, elles apportent des vitamines ! C'est ce que disait Thérèse d'Avila : "Les autres sont nos vitamines". Ce que je vis me donne des vitamines par les autres, par la rencontre. Ce n'est pas facile !!! C'est toujours du vécu.

C'est pour cela qu'on est missionnaires Oblats. A la limite, "Marie immaculée" ne me dit pas grand chose, mais « oblat », oui ! Offert, celui qui se donne...

Tu ne trouves pas que cela fait "gnangnan" ?

De fait, la notion de sacrifice... Mais ce n'est pas cela.

C'est quoi alors ?

Je compare cela au partage du pain. "Oblat", ce qui est offert. Au cours de l'eucharistie, ce qu'on appelle "oblats", c'est le pain que l'on rompt pour le partager. Et tu manges avec l'autre. On ne se « sacrifie » pas. Nous ne sommes pas des martyrs maso et kamikases... Nous sommes ceux qui rompent le pain avec d'autres, qui nous donnons pour partager ce que nous sommes. C'est ça, être "Oblat" : l'action de rompre le pain avec d'autres pour partager ce que tu es. Comme Oblat, tu te donnes comme le pain que tu donnes à partager.

Et tu le concrétises dans les relations...

Oui, le don aux personnes, dans la distance, la chasteté, puisque l'autre ne m'appartient pas. le don aux autres dans le partage du quotidien... "marcher ensemble", "compagnon".

Du coup, si tu vois ton existence comme un partage de ta vie aux autres, alors tu vois la vie des autres comme un partage qu'ils te font de leur vie ; ça marche dans les deux sens. Qu'est-ce qu'ils t'apportent ?

que tout n'est pas rose ! Et que le monde n'est pas tel quel, mais tel qu'on le construit, tel qu'on veut y être participant.

Et cela te rend heureux ?

Oui, assez heureux !

Quels signes te permettent de t'en rendre compte ?

La joie... Les bonnes rigolades, déjà ! Et puis, le fait que je ne traîne pas des pieds pour y aller. J'y vais avec joie car je sais que je vais y trouver quelque chose...

Un certain entrain à se lever le matin ?

Oui ! Si un jeune me dit : il faut m'amener à 5 heures du matin, il n'y a pas de problème. C'est l'idée du service où quelque chose de fort doit se vivre. Ou quelqu'un me réveille à trois heures du matin, je sais qu'il y a un besoin derrière. Et cela me rend heureux car je sais que la personne a su qu'elle pouvait compter sur moi. Il s'agit d'être l'ouvrier, ou plutôt le "veilleur", justement, parce que le matin vient dans l'autre. "Le-matin-vient", c'est le titre que j'ai donné à mon blog !

Comment nourris-tu cet enthousiasme ?

Dans la relecture du soir, à la manière ignacienne. Je relis ma journée. C'est intéressant comme exercice car, inévitablement, tu es amené à sourire, même des choses qui t'avaient vexé ! Tu te dis: "J'ai été bête. Le petit coup que j'ai reçu dans la gueule, cela m'a fait du bien !"

Dans l'évangile, c'est ce que raconte l'épisode des disciples d'Emmaüs, dans "Luc" au chapitre 24 : cheminer sans se rendre compte, puis réaliser en relisant !

Un autre évangile me plaît bien, c'est celui des miettes, l'histoire des petits chiens. Je l'aime bien parce que c'est un évangile où Jésus se fait bousculer par la Cananéenne. Il accepte de se faire bousculé. Ce n'est pas lui qui a le dernier mot, c'est l'autre, qui lui rappelle son humanité.

Merci !

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