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Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Jean Rémy (1929-2016)

portrait de Jean Rémy

Je donne d'abord la parole à sa famille pour nous dire en quelques mots ce que fut sa jeunesse :

« Jean est né le 19 novembre 1929, à ROMBAS, non loin de Metz, en pleine Lorraine industrielle, au pays des aciéries où son papa était ingénieur. Il est alors le 6ème enfant d'une famille qui devait par la suite en compter onze, Les parents avaient perdu, quelques semaines plus tôt, une adorable petite fille de dix mois. Sa maman éplorée espérait évidemment une nouvelle fille. Ce fut un garçon qui naquit ! La déception première devait plus tard se transformer en joie profonde, Jean, ou plutôt Jeannot, selon le surnom affectueux que nous lui avons tous conservé jusqu'en sa vieillesse et malgré le profond respect que nous avions pour le prêtre, Jean fut pendant de longues années servant de messe. A la maison, il vécut beaucoup dans l'orbite de ses trois grands frères. En classe de 6° notamment, il fut l'élève de son frère aîné ce qui n'est pas banal et suscite toujours quelque étonnement. J'en ai toujours gardé un souvenir original et affectueux. Mais, à l'issue d'une scolarité studieuse, se situe le tournant de sa vie. Novembre 1947 le trouve en classe de 1ère, lorsqu'il est brutalement atteint d'une encéphalite léthargique très grave. Deux médecins sont à son chevet à domicile. Sa maman ne le quitte pas, et une religieuse infirmière prend le relais la nuit. On le croit perdu, malgré ponctions lombaires et pénicilline à haute dose. Malgré ses violents maux de tête, Jean promet à la Vierge de Lourdes et de Pontmain, d'être prêtre s'il guérit. Au bout de 3 semaines, il est enfin hors de danger. Mais la médecine ordonne un repos intellectuel de plusieurs mois, et il ne reprendra pas son année scolaire. En octobre 1948 Jean tient parole et entre au petit séminaire des oblats à Pontmain. »

Jean au temps du scolasticat

Ayant décidé d'être oblat, Jean entre au noviciat de la Brosse-Montceaux, en Seine et Marne en août 1949, il y prononce ses premiers vœux le 8 septembre 1950, Puis il s'en va à Solignac (Haute Vienne) à partir de septembre 1950, C'est là qu'il prononce ses vœux perpétuels le 29 septembre 1953, Désormais il est oblat pour toujours. Et il est ordonné prêtre, ici à Pontmain dans la chapelle dite des missions, le 5 octobre 1955.

Rappelons brièvement son parcours missionnaire : Il est envoyé au Cameroun et plus précisément à Touboro : il y sera de 1956 à 1980, Sur cette période de Jean à Touboro je vous invite à relire le chapitre XV du livre de Mgr Yves Plumey « Mission Tchad- Cameroun ». Là, pendant 24 ans, il s'est occupé de tout l'homme (l’homme dans toutes ses dimensions) et de tous les hommes, sans distinction. Au milieu des Mboum dont il a appris la langue, il a été un missionnaire au sens plein du terme. Le territoire dont il avait la charge était très vaste et c'était une région difficile, sous l'autorité d'un lamido qui avait pouvoir de vie et de mort sur tous ses sujets. Jean s'est fait itinérant pour aller à la rencontre du plus grand nombre, comme l'apôtre Paul. Il a lancé une école de formation rurale pour 40 jeunes. Il s'est préoccupé de la santé des malades et plus particulièrement des lépreux. Puis c'est à GAROUA qu'il est appelé. D'abord pour être procureur, de 1980 à 1994, puis comme économe provincial de 1995 à 2001, La procure, c'est le lieu où tous les missionnaires pouvaient trouver tout ce dont ils avaient besoin depuis les hosties et le vin de messe, comme aussi des pneus et du ciment. Et ce qu'il n'avait pas dans son magasin, il indiquait à chacun où il pouvait le trouver. C'est un service où il fallait beaucoup de patience, ce qui ne manquait pas à Jean, Avant de devenir économe provincial il a été à Mokolo pendant quelques mois pour remplacer le frère Emile Louis, hospitalisé.

Puis c'est le retour en France en février 2002. Il a alors 72 ans. Il passe d'abord quelques mois à Fontenay-sous-bois, puis il sera 4 ans à Aix-en-Provence, là où a commencé la congrégation il y a 200 ans cette année. Il en devient l'économe. Et enfin il arrive à Pontmain le 31 janvier 2008, où il rend beaucoup de services dans la communauté mais aussi au sanctuaire et à la paroisse : confesseur, aumônier de la maison de retraite de Fougerolles du Plessis, et aumônier d'équipes Notre-Dame. Tant qu'il l'a pu, il n'a pas ménagé sa peine.

Ce qu'il a fait a été important, mais ce que soulignent les messages reçus comme le partage que nous avons eu en communauté au lendemain de son départ, ce sont les multiples caractères de sa personnalité. Impossible de tout dire, ne parlons que de l'essentiel. Jean, un homme fraternel au service des autres. Un homme de paix, de service, d'unité. Un phare dans la tempête, un homme très équilibré, pas d'excès dans sa vie, il était accueillant, patient, jamais énervé, toujours égal à lui-même, c'était un bon confrère, il rayonnait la bonté, il avait les deux pieds sur terre, un homme spirituel : ses homélies à l'eucharistie du matin étaient simples mais profondes, c'était une véritable nourriture spirituelle. C'était quelqu'un de bien. Ce n'est pas autre chose que l'apôtre Pierre a dit de Jésus lors de son discours au jour de la Pentecôte. Jésus « celui qui est passé en faisant le bien ». C'est cet exemple qu'il nous a donné, et qu'il nous invite à suivre à notre tour. Sa vie a plus parlé par ce qu'il était que pas ce qu'il a fait.

Missionnaire, il l'a été jusqu'au bout. Il a été hospitalisé le 12 février de cette année. Il n'a jamais eu d'illusion sur son avenir. Il est resté très serein. Le mal avait commencé une année avant: « Cela fait un an, disait-il au chirurgien, que je baisse, » Il aurait aimé mourir auprès de ses frères oblats. Son retour parmi nous avait été prévu pour le lundi 2 mai, dans l'après-midi. Une équipe de soins palliatifs à domicile s'était mise en route. Mais ce ne fut pas possible. Il était trop tard, il était très conscient de son état : c'est tous les jours disait-il, que je baisse un peu. Et pourtant il est toujours resté lucide, serein, prêt à s'assumer jusqu'au bout. Deux témoignages du personnel soignant en disent long sur son passage à l'hôpital sa dernière de mission : « Nous avons eu de belles discussions avec lui » et surtout « il a été un malade exemplaire». Que dire de plus! Le temps de sa maladie a été dans la continuité de ce qu'a été toute sa vie : discrète, courageuse et fraternelle. Jean tu nous quittes dans la semaine qui nous prépare à la Pentecôte. Intercède pour nous afin que nous soyons inondés de l'Esprit de Dieu. Merci pour tout et A-DIEU.

Bernard NOYER le 10 mai 2016

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