Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Jean Michal (1923-2016)

Jean dans sa communauté de Lyon

Jean MICHAL est né le 30 juillet 1923, à Aix les Bains, où son papa était employé à la Société Générale. Sa famille a connu le drame dès le début, en effet sa maman est décédée des suites de l’accouchement, Jean ne l’aura jamais connue, et le papa perdait une épouse, dans sa belle jeunesse. Jean a été recueilli par son arrière-grand ’mère et ses deux grandes tantes, à Pont de Beauvoisin, sur le frontière de la Savoie et de l’Isère. Maintenant, je lui laisse la parole, dans une lettre qu’il a écrite à Madame Michaud, responsable de « Savoie Mission Partage », le 9 juin 2009, dans laquelle il passe rapidement sur son travail missionnaire en France et au Laos, pour s’attarder plus longuement sur son séjour haïtien, qui probablement intéressait davantage ce groupe missionnaire.

"Je veux vous indiquer brièvement mon parcours missionnaire" :

Entré au noviciat des Oblats de Maire Immaculée, le 8 septembre 1940, à Notre Dame de Bon Secours (Ardèche), puis au scolasticat de Notre Dame de Lumières (Vaucluse), j’ai été ordonné prêtre le 1er mars 1947. Après un complément d’études théologiques à l’Angelicum, à Rome, j’ai été professeur de dogme au grand séminaire d’Ajaccio, de 1950 à 1954, puis en charge de la Communauté des jeunes prêtres du diocèse, à la suite du transfert des grands séminaristes d’Ajaccio à Aix en Provence. C’est en effet par un accord entre Mgr Llosa, évêque d’Ajaccio et Mgr Charles de Provenchères qu’a été créé à Aix en Provence le premier séminaire inter-diocésain.

Jean, bérêt basque sur la tête, il y a quelques années

En octobre 1960, j’ai été nommé aumônier du Lycée de Talence, près de Bordeaux. Au début de l’année scolaire 1970-71, j’ai eu la chance de pouvoir ouvrir à Vientiane (Laos) un Foyer pour étudiants qui, à cause de la guerre, étaient coupés de leurs familles… mais après la victoire du Viet-Minh et du Pathet-Lao, j’ai été accusé de collaborer avec les Américains et, comme tous les autres missionnaires étrangers, j’ai dû quitter le pays en 1975.

C’est ainsi que depuis 1976, je suis en Haïti. Pour être exact, je dois dire que je suis resté en Haïti, de septembre 1976, à la fin du mois de mai 2009. C’est en effet le 26 mai que j’ai pris l’avion pour rentrer définitivement en France, à l’âge de 85 ans, après 33 ans dans ce pays que j’aime.

Il est amusant de noter que, quand je suis entré chez les Oblats, je souhaitais une vie missionnaire et différente de celle, trop monotone à mes yeux, de celle des prêtres qui nous faisaient classe. Or il se trouve que pendant 20 ans je n’ai pas quitté la France et que mon ministère s’est toujours situé d’une manière et de l’autre, dans le domaine de l’enseignement. Et, bien loin de m’en plaindre, je ne peux que remercier Dieu de la joie qu’il m’a apportée.

Tout particulièrement en Haïti, les méthodes d’enseignement du français comme langue étrangère, que j’avais apprise pendant mon séjour au Laos, m’ont permis d’ouvrir des « écoles de professeurs » , dans les départements de l’Artibonite (Gonaïves) et du Nord Est (Fort-Liberté). Il m’a été possible ainsi de collaborer à la formation des instituteurs de nombreuses écoles paroissiales de 1976 à 1991 ; puis, quand le Père Hubert Constant, Oblat lui aussi, a été nommé premier évêque du nouveau diocèse de Fort-Liberté, d’ouvrir et de diriger une Ecole Normale d’Etat. Elle continue à fonctionner sous la direction des Salésiens qui ont pris la relève en 2003, en même temps qu’ils fondaient plusieurs écoles techniques.

De 2004 à au 1er mai 2008, Mgr Hubert a été archevêque du Cap. Je lui ai assuré un léger secrétariat, entrecoupé d’un séjour de presque deux ans à Gonaïves. J’y ai pris la succession du Père Ollivier, Oblat lui aussi, comme aumônier des Sœurs de Mère Térésa et de leurs malades. Le P. Ollivier était connu en Haïti comme l’apôtre des lépreux, emporté en septembre 2004, par le cyclone qui a fait plusieurs milliers de morts… »

Voilà l’homme qu’aujourd’hui nous recommandons à la miséricorde du Père, avec action de grâces pour tout ce qui s’est fait par lui. A l’EHPAD, Jean a vécu en portant ses infirmités : une vue toujours plus faiblissante et des oreilles de plus en plus dures. Il en souffrait, il s’est battu pour que les moyens qui auraient pu l’aider soient essayés. Les soins lui portaient un certain mieux, mais cela ne durait pas, et à la fin, il nous disait : « il faut en prendre son parti ! » Il s’est souvent étonné d’avoir atteint l’âge qu’il avait : « comment est-ce possible de devenir si vieux ? » disait-il en riant. Et souvent il nous répétait qu’il avait eu beaucoup de chance, qu’il avait aimé tout ce qu’il avait fait, qu’il ne s’était jamais fâché avec quiconque. Il regrettait, toujours d’avoir quitté Haïti … « je suis parti pour libérer Mgr Hubert, et puis il est mort l’année suivante, c’était bien la peine !! »

Maintenant, il aura retrouvé son Haïti, la chaleur – il avait toujours froid – sa maman qu’il n’a jamais connue, et, dans les bras de Dieu, chantera avec elle : « Merci mon Dieu pour tout ce qu’Il a fait »

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