Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Témoins

Antoine Tchy Yang

Tchy, tu vas être ordonné prêtre. Les bruits de couloir disent qu’il y aura du monde, et même si je puis me permettre, du « hmong », beaucoup de Hmong. Pourquoi ?

Je pense que les Hmongs viennent dans le sens qu’ils sont chrétiens. Ça se situe dans la logique de notre vocation baptismale. L’ordination vient pour ceux que Dieu a appelés pour rendre service au peuple. C’est important pour notre jeune communauté chrétienne de se rassembler pour un tel événement ; cela n’arrive tout de même pas très souvent ! Les gens viennent aussi pour m’entourer et pour exprimer leur sympathie, leur amitié, tout simplement.

En quelques mots peux-tu dire l’histoire de ta vocation ?

Je suis un peu étonné si je regarde en arrière ! Dès mon jeune âge, j’aimais bien la Parole de Dieu. Au cours du catéchisme, j’ai appris à connaître Dieu, à découvrir l’importance de sa Parole. Ça me donnait vraiment de la joie, je sentais que j’aimais ça.

Et puis dans mon enfance, il y avait aussi des plus anciens qui allaient au séminaire au Laos pour devenir prêtres. Ce désir habitait aussi mon cœur. Et voilà qu’un jour, alors que j’avais servi la messe, le prêtre oblat de notre village - il vit encore aujourd’hui au Kenya - m’a présenté au supérieur du séminaire, sans me consulter ! Je l’ai appris par les copains qui m’ont dit : « Tiens, tu vas renter au séminaire ? » - « Ah Oui ? Ah bon je ne savais pas ! » Ça a été un début, un signe… ça m’a frappé quoi !

Et puis au fur et à mesure, les parcours sont difficiles. Je suis rentré au séminaire deux ans. A cause des événements du pays, on est parti et je croyais que c’était fini. En France, j’ai été accueilli dans une famille française ; j’ai beaucoup reçu : l’éducation, la scolarité. Puis, j’ai travaillé et voilà, je suis rentré au séminaire d’Orléans deux ans, puis chez les Oblats.

Comment vois-tu ta vocation aujourd’hui ?

Pour une part, je le sais, et pour une autre, c’est mystérieux ! Dieu nous conduit, on le découvre au fur et à mesure ; la foi nous guide et nous fait confiance. Pour la part que je connais, c’est pour vivre la parole de l’Evangile, la transmettre, la communiquer, l’enseigner.

Tu as prononcé tes vœux perpétuels en février 2007. Tu t’es alors engagé vers le sacerdoce. Pourquoi ?

C’est à la fois un côté un peu personnel, mais aussi par rapport à l’Eglise qui appelle des hommes et leur confie une fonction, celle de pouvoir justement rendre présent le Christ, l’actualiser dans l’eucharistie. C’est important que des hommes acceptent de rendre présent le Christ dans la vie, mais aussi pour le peuple, au service du peuple de Dieu. C’est la continuité, la tradition. C’est comme ça, je crois, que les Apôtres ont transmis jusqu’à nos jours.

Prêtre, Oblat de Marie Immaculée ?

Oui, Oblat de Marie Immaculée ! C’est important d’avoir une famille. Bien sûr, dans une famille, il y a le côté « chamaillerie », c’est normal, c’est humain ! Mais aussi, il y a le côté qu’on ne le voit pas, le fait qu’on vive en communauté, à plusieurs. On se soutient, même sans l’exprimer. Je pense que ça compte. Nous ne sommes pas des isolés perfectionnés tout seul dans leur coin. Nous avons besoin les uns des uns des autres. C’est cela, la communauté, qu’on témoigne ensemble, dans la difficulté mais aussi dans la vérité.

Je crois que la plus grande joie… Je suis surpris que Dieu m’ait conduit jusqu’ici et je fais confiance à l’Esprit Saint pour la suite. Quoi qu’il arrive il est toujours avec moi, pour m’accompagner, me guider.

La plus grande joie, bien sûr…je pense à tous ceux qui viendront et à ceux qui ne pourront pas venir. La joie, c’est de partager un moment ensemble, qui n’arrive pas tous les jours. L’ordination, c’est rare, tous les six ans si on suit le rythme ordinaire. Pour ma part, cela fait vingt ans !

Sur le terrain, à quels principaux défis missionnaires t’attends-tu ?

Deux points. Comment faire s’exprimer, comment communiquer, la manière d’être chrétien dans le monde ? Ce n’est pas évident de nos jours, même s’il y a aussi heureusement de très bonnes âmes pieuses qui vivent vraiment l’Evangile ! Ce n’est quand même pas le cas de tout le monde ! Comment exprimer cela, comment communiquer cela à nos frères chrétiens, et transmettre aussi à ceux qui ne sont pas chrétiens ? Je crois qu’il y a là un point.

L’autre, c’est qu’il ne faut pas non plus attendre que je sois superman pour résoudre tous les problèmes. Je vais faire le maximum que je peux pour aider les uns les autres. Mais aussi, que je puisse vivre vraiment comme chrétien avec tout le monde !

Tu aimes bien le silence, le recueillement. Tu n’as pas peur de te faire bouffer par la mission ?

C’est vrai j’ai besoin de calme. Je crois dans la prière et le silence. Je retrouve un esprit, une clarté, je suis un peu plus avec moi-même. Je pense que c’est important d’aménager certains temps. Avec Alexius nous avons fait une retraite de quatre jours. C’était un peu court mais les lieux où l’on se ressource ne sont pas non plus faits pour y rester !

Je pense qu’il faut prendre des précautions, se donner des moyens pour aménager et retrouver des moments de prière. Il ne faut pas se laisser bouffer, ça c’est sûr !

Merci, et bonne route !

Bertrand Evelin
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