Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Décédés en 2015

Antoine-Bounlom Phengsivilayvanh (1951-2015)

Antoine jeune homme

Venus de diverses régions de France, de Toulouse à Grenoble, du Nord et de Vendée, du Maine et Loire, Loiret et la grande région d'Ile-de-France, près de 400 Laotiens se sont réunis le samedi 5 décembre dans l'église Ste Marguerite de Fontenay-sous-bois. Se sont joints à eux une bonne centaine de paroissiens de Nonancourt et d'Auneau (Eure et Loire) et de l'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne). Celui qui rassemblait cette foule était notre frère Antoine Bounlom. Messe de l'A-Dieu avec Mgr Michel Santier, évêque de Créteil et une trentaine de prêtres (Oblats - le Provincial de France avait délégué son Vicaire, le P. Gilbert Le Goff -, le Vicaire général et cinq prêtres de Chartres, et du diocèse de Créteil) et un prêtre de Clermont-Ferrand ancien compagnon de séminaire du Prado. Célébration bilingue, préparée par l'Aumônerie laotienne en France et présidée par le Père Yvon L'Hénoret, omi, ancien prêtre accompagnateur de l'aumônerie. Ferveur et émotion, un vrai témoignage de foi commune qui rejoignait celui que nous a laissé notre frère Antoine-Bounlom. Laïcs et prêtres ont témoigné au cours de la célébration.

La vie d'Antoine-Bounlom n'a pas été un long fleuve tranquille, mais elle fut plutôt à l'image du Mékong dans le sud du Laos avant la frontière du Cambodge, le Siphandone, les "Quatre mille îles", où les eaux du fleuve se sont creusé un chemin à travers les rochers de base de la montagne, s'étalant sur plus de quatre kilomètres. Les eaux de la vie ont fait traverser Antoine ruptures et obstacles.

Durant la célébration à l'église. De nombreux prêtres dans le choeur

Né le 15 Novembre 1951 - et non pas 1954 selon son âge officiel -, au gros village de Khampeng, à une trentaine de kilomètres de Paksé, dans une famille qui compta quatre enfants. Première épreuve qui le marqua, la mort de sa mère en 1956 : il avait cinq ans. Le deuxième événement fut l'entrée en internat quand il eût 9 ans (1960): quitter l'univers familier et rassurant du village et de la parenté pour entrer à l'Ecole Gouin, petit séminaire du Vicariat apostolique de Thakhek, à quelques deux cents kilomètres, marque un jeune garçon. Le transfert à l'Institution de Mazenod, petit séminaire du Vicariat apostolique de Vientiane en 1966, pour les études secondaires l'éloigna encore plus de ses racines. La mort de son père en 1968 marqua l'adolescent. Un de ses professeurs, jeune coopérant français à Paksane note que Bounlom, garçon très vif portait dans son regard une grande tristesse. Cet adolescent fut aussi un garçon rebelle et son séjour à Paksane se termina par l'exclusion.

En 1975, année de bouleversements dans la région par la prise totale du pouvoir par les communistes dans les trois pays, Viet-Nam, Cambodge et Laos. Antoine s'engagea quelque temps dans les troupes dites de "libération" d'un côté, et de "contre-révolution" par l'autre. Cela ne dura pas. En Thaïlande, il reprit son projet vocationnel et passa deux mois au grand séminaire du diocèse de Bangkok dans les premiers mois de 1976.

La président de l'assocation des Laotiens à l'embon

Le 29 novembre 1976, il débarque à Roissy, dans un groupe d'une trentaine de jeune gens célibataires. En septembre 1977, nous le trouvons en Haute-Savoie, grâce à une carte temporaire de Travail portant comme profession: manutentionnaire.

En 1978, il est au château des Vaux près de Chartres, maison des Apprentis d'Auteuil, comme animateur. Encouragé par le P. Marcel Vignalet, mep, qui est engagé dans l'accueil des réfugiés asiatiques, il entreprend des démarches pour suivre le fil de sa vocation. Le diocèse de Chartre l'acceuille, le prend en charge. Il entre au séminaire d'Issys-les-Moulineaux.

En 1980, guidé par son conseiller spirituel, le P. Piteau, pss, iol s'oriente vers le Prado pour y poursuivre son chemin de formation. Il vit en équipe dans une HLM des Minguettes à Vénissieux, avec un prêtre du Prado et ses compagnons séminaristes, en suivant des cours à l'Institut Catholique de Lyon.

En 1983, il est ordonné diacre en même temps qu'un de ses compagnons, originaire de Clermont-Ferrand, Bernard Ladet, par Mgr Dardel, évêque de Clermont, dans l'église du quartier des Minguettes. A cette époque, il connut une épreuve de la santé, une hépatite, qui l'obligea à prendre un mois de repos. Il accomplit son stage diaconal dans la paroisse de Lucé près de Chartres.

Au cimetière

Le 9 juin 1984, il est ordonné prêtre par son évêque, Mgr Michel Khuenh, évêque de Chartres, dans l'église St Marceau d'Orléans. Le lieu fut retenu parce que favorable au rassemblement d'une foule de Laotiens catholiques de diverses régions de France.

Durant sa marche vers le presbytérat, une question tenaillait l'esprit et le coeur d'Antoine: "Pour le service de quel peuple vais-je être ordonné prêtre ?". Il la partageait volontiers avec ses amis.

De septembre 1984 à 1987, il fut vicaire à la paroisse St Paul dans une banlieue de la ville de Chartres.

En 1987, il fait sa demande pour entrer dans le congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Il commence son postulat en 1988 et fait profession en 1989.

Antoine, assis dans un fauteuil, en train de réfléchir

Son parcours de vie avec les Oblats fut tout aussi sinueux puisqu'en vingt-six ans, il connut quatorze situations ou engagements différents. Un regard un peu amène tiendrait cela pour de l'instabilité, mais il en va tout autrement à l'approche d'une personnalité attachante. Depuis son expérience du Prado, la figure du Bienheureux P. Antoine Chevrier l'a profondément marqué et l'a introduit à un lien personnel très fort avec le Christ. Ainsi que quelqu'un l'a dit: "Bounlom a été fasciné par le Christ, par les petits et les pauvres". Ce fut le fil rouge de sa vie de prêtre et de missionnaire Oblat, l'au vive qui a creusé un chemin à travers les rochers, les siens propres et ceux qui ont tenu à son parcours. Sa manière de lire l'Evangile et d'en parler, sa façon de lier évangile et vie était originale, simple et éclairante, elle interpellait ses auditeurs. Attentif aux personnes, il était d'abord facile, plein d'humour à l'occasion. Surtout, il s'est révélé excellent animateur et "éveilleur" tant parmi ses jeunes compatriotes que dans toutes les paroisses où il a servi.

L'hommage que lui rendirent les paroissiens de Nonancourt, d'Auneau et de l'Haÿ les Roses, ainsi que les prêtres de Chartres à la fin des obsèques, reflétait bien ce que nous avons nommé le "fil rouge" de la vie d'Antoine. Plus de cent-vingt personnes accompagnèrent son cercueil jusqu'au caveau des Oblats, dans le cimetièrede Montmartre, signe d'attachement et d'affection.

Il fut prêtre pour le Peuple de Dieu, fidèle à servir ses compatriotes exilés et tous ceux et celles qui furent confiés à ses soins, ainsi que ceux qui croisèrent sa route.

Pontmain, le 11 décembre 2015
Yvon L'Hénoret, omi

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