Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Congrès Oblat International

  1. Mercredi : inculturer la vie religieuse

quatre Oblats dans la salle de congrès discutent avec leurs confrères des Philippines qu'ils voient à l'écran

Belle deuxième journée de congrès ! Moins éblouis par la prouesse technologique (c'est incroyable comme de nos jours, on est vite blasé...!), nous avons sans doute été d'avantage attentifs au contenu.

Celui-ci a tourné autour de l'inculturation : Comment inculturer la vie religieuse à partir des différents milieux où surgit la vie oblate aujourd'hui ?

Dans un premier temps, nous avons eu une longue rencontre avec Mgr Rodriguez Carbaillo, secrétaire de la Congrégation pour les Religieux. Prenant appui sur les propos du pape François, notamment en cette année de la vie consacrée, il a rappelé à quel point l'inculturation était un véritable enjeu pour le XXI° siècle, qui ne se posait pas d'abord en termes techniques mais dans ceux du discernement spirituel, de la conversation des esprits et des mentalités et de l''attention aux signes des temps. Une belle rencontre fraternelle avec cet ancien Supérieur Général des Franciscains! Trois topos ont ensuite guidé notre réflexion :


Mgr Rodriguez Carvaillo
  • "Les défis de la sécularisation: quelques expériences significatives", par Alberto Ruiz, un Oblat espagnol qui a appuyé ses réflexions sur les travaux conduits durant deux assemblées OMI, l'une à Ottawa, l'autre à San Antonio.
  • "La sainteté dans un contexte de dialogue interreligieux: une expérience aux Philippines" par Eduardo M. Santoyo, jeune OMI professeur à Manille
  • "Réflexions, études et publications oblates sur le thème de l'inculturation. Un appel pour la jeune génération", par Wojciech Kluj, polonais, professeur de missiologie à Obra.

Cela vaudrait la peine de parler de toutes ces réunions, bien sûr. J'ai néanmoins envie de mettre l'accent sur la troisième car l'auteur a revisité deux auteurs Oblats ayant marqué de leur empreinte la notion d'inculturation :

  • Marcello Zago, tout d'abord, dont on nous a rappelé le rôle dans la rédaction de l'encyclique "Redemptoris Missio".
  • Le cardinal Francis George, d'autre part
deux Oblats se tenant par l'épaule, devant le portrait du Fondateur

Concernant Marcello Zago et le rôle qu'il a joué dans la rédaction de l'encyclique Redemptoris Missio, Wojciech a proposé un exercice de lecture intéressant : puisque cette encyclique a été alimentée des apports de nombreux Oblats, ne peut-on pas la lire - en tout cas certains passages - en évoquant la congrégation elle-même, là où le texte évoque l'Eglise ? En l'appliquant au n°52 de l'encyclique, cela donne quelque chose comme ceci :

"En exerçant son activité missionnaire parmi les nations, notre Congrégation entre en contact avec différentes cultures et se trouve engagée dans le processus d'inculturation. S'il en a toujours été ainsi, la réflexion sur le sujet est particulièrement urgente. L'inculturation de notre charisme dans les différentes cultures demande beaucoup de temps : il ne s'agit pas d'une simple adaptation extérieure, car l'inculturation signifie une intime transformation des valeurs culturelles authentiques par leur intégration à notre charisme, et l'enracinement de notre charisme dans les diverses cultures. C'est un processus complexe qui demande à la fois une réflexion et une pratique concrète.

Par l'inculturation, notre charisme incarne l'Evangile dans les diverses cultures et, en même temps, il introduit les peuples avec leurs cultures dans notre charisme ; il leur transmet ses valeurs, en assumant ce qu'il y a de bon dans ces cultures tout en les renouvelant de l'intérieur. Pour sa part, par l'inculturation, notre Congrégation devient un signe plus compréhensible de ce qu'elle est et un instrument plus adapté à sa mission.

Grâce à cette action, notre charisme s'enrichit d'expressions et de valeurs nouvelles dans les divers secteurs de la vie chrétienne ; il connaît et exprime mieux le mystère du Christ, et il est incité à se renouveler constamment.

4 Oblats de profil sourient en regardant l'écran

Quant à Francis George, Wojciech a rappelé ce qu'il écrivait à propos de "l'Eglise comme conversation dans la foi" :

Quand les gens parlent, ils partagent un monde. Les mots prennent de l'importance à l'intérieur d'un horizon commun qui unit des locuteurs et des auditeurs et qui est en partie formée par leur conversation. Quand Dieu nous parle, il nous ouvre son monde.
Au commencement, nous avons été créés par sa Parole; nous avons été faits à l'image de Dieu. Quand des croyants parlent l'un à l'autre, leurs mots interprètent ; ils imaginent Dieu. Quand ceux qui croient que le fait que Jésus Nazareth soit fils de Dieu parle aux autres, leurs mots sont les images de la Parole incarnée de Dieu.

Albert Ruiz a appliqué cela à la question de la sécularisation : "Ennemie ou partenaire ? Défi ou problème ?". Sa conclusion a été la suivante :

"Il peut être intéressant d'évoquer notre situation à partir de la triple désillusion que véhicule le monde moderne/post-moderne à l'égard de la religion, et à laquelle nous pouvons répondre comme prêtres, missionnaires et religieux, avec l'audace d'être les fils de saint Eugène. Cette désillusion prend trois formes :

- Le doute quant à la contribution que la religion peut apporter aux affaires publiques.
- La crainte que la religion limite le progrès scientifique.
- La fragilité supposée de la religion à comprendre ce nouveau temps, et ce à cause de la valeur qu'elle accorde à la tradition.

Ce triple désenchantement peut représenter pour nous un triple défi que l'on peut synthétiser autour de trois perspectives : pastorale, théologique et spirituelle.

l'assemblée regarde à l'écran

Le défi pastoral, correspondant à notre sacerdoce, répondrait au doute portée sur la contribution que la religion peut apporter aux affaires publiques. Nous trouvons ce doute également dans le coeur des croyants qui doivent vivre leur foi dans une société décrite comme "liquide". En ce sens, ils sont une priorité pour nous. Ils doivent pouvoir trouver nos mains tendues, comme Pierre a trouvé celle du Seigneur quand il coulait dans le lac, demandant à ce que sa foi augmente.

Le défi théologique pourrait concerner notre devenir missionnaire. Face à la peur que nos contemporains ont de la religion supposée vouloir limitée le progrès scientifique, nous devons faire un effort pour présenter le vrai Dieu. Cela demande une sérieuse réflexion pour articuler notre langage aux besoins de salut d'aujourd'hui, spécialement ceux des jeunes, comme saint Eugène le fit.

Le défi spirituel pourrait concerner notre devenir religieux, qui comprend la fidélité à la tradition non comme une faiblesse mais comme une possibilité. Notre engagement total pour Dieu doit être un appel à la sainteté pour les membres de l'Eglise et dans le même temps, une réponse à la question : est-ce que la vie humaine a du sens aujourd'hui ?

Tout ceci m'amène à conclure que la sécularisation résonne davantage comme un défi que comme un problème. Elle vient comme un compagnon dans le voyage qui nous fait chercher l'essence de notre foi. Si nous faisons ainsi, nous découvrirons que l'Évangile, et ainsi notre mission, restera valable et nécessaire. Aujourd'hui, comme dans le passé, nous continuons d'être convoqués pour apporter une réponse aux besoins de salut du monde." (Albert Ruiz)

En fin de journée, Ray Warren, le Provincial de la province anglo-irlandaise, nous a partagé une reprise personnelle de ce qu'il avait entendu. On peut en lire en page suivante une traduction officielle

Bertrand Evelin

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