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Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

La miséricorde

Juste avant l’encyclique : « Laudato si’ » consacrée à la sauvegarde de la maison commune, l’évêque de Rome a publié une « bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la miséricorde. Evidemment, le titre est quelque peu ronflant… mais le contenu invite à réflexion.

En faisant appel à mes souvenirs, il me semble que ce thème de la miséricorde avait été abordé lors des « jeudis de Chavril ». Et je crois bien que la présentation en avait été faite, et de façon magistrale, par Georges Laudin. Depuis, en m’inspirant de son exposé, selon les lieux, les circonstances et le « public », j’ai repris la réflexion sur ce thème de la miséricorde.

Chacun connaît, bien sûr, les paraboles de la miséricorde dans l’évangile de Luc. Je laisse aux exégètes le soin de développer et de commenter ces textes si riches et si parlant. Mais en « fouillant » le dictionnaire sur le mot de « miséricorde », j’ai découvert quelques définitions qui peuvent alimenter notre réflexion et pourquoi pas notre prière.

Il se trouve qu’en premier lieu, le dictionnaire Larousse donne la définition suivante du mot miséricorde :

Pitié qui pousse à pardonner à un coupable, à un vaincu ; pardon accordé par pure bonté : Implorer miséricorde. Mais aussi : disposition à venir en aide à celui qui est dans le besoin et enfin, attribut de Dieu qui explique son dessein du salut de l'humanité.

miséricorde en bois

Même si cette définition est un peu sèche et certainement à compléter, il est étonnant de découvrir les autres définitions données par le Larousse.

La miséricorde est une sorte de console placée sous le siège relevable d'une stalle d'église et servant, quand ce siège est relevé, à s'appuyer tout en ayant l'air d'être debout. (Les menuisiers des XVe et XVIe siècles les ont sculptées de mascarons ou de petites scènes d'une grande fantaisie.)

Ou bien encore, plus élaborée :

La miséricorde, également appelée patience ou crédence, est une petite console fixée à la partie inférieure du siège pliant d'une stalle de chœur. Elle permet au clerc ou au moine qui participe à l'office divin de prendre appui sur elle lorsqu'il se tient debout et que son siège est relevé.

Comme quoi, surtout pendant les vigiles et surtout les veilles de fête, le Seigneur a pitié de notre fatigue et de la station verticale !

En poursuivant notre recherche, il est encore une définition qui est surprenante. Elle nous vient du vocabulaire de la marine :

dessin d'une ancre de marine

Marine) (Vieilli) Au temps de la marine à voile, cette ancre, appelée aussi ancre de salut ou ancre maîtresse, était l'ancre la plus grande et la plus pesante du bord. Elle était utilisée pour les mouillages de longue durée ou dans des endroits peu sûrs. À cause de son poids, elle était aussi utilisée en dernier recours dans les cas désespérés.

Et le dictionnaire d’ajouter :

Comme cette ancre est en quelque sorte la dernière planche de salut, et qu'en la jetant il n'y a plus qu'à se recommander à Dieu, les marins l'ont appelée ancre de miséricorde (Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 1868-1877).

Ceux qui connaissent un peu le vocabulaire de la navigation savent, pour faire bref, que les petites embarcations possèdent à leur bord une petite ancre, communément appelée : « ancre flottante ». Légère, elle permet de s’ancrer momentanément pour ne pas dériver… lorsque l’envie vous prend de pêcher ou de prendre un bain ! Quant aux navires d’un certain tonnage, ils possèdent ce qu’on appelle : l’ancre de mouillage. Plus lourde, peu maniable, retenue par une épaisse chaîne et pesant parfois plusieurs tonnes, elle permet au navire de mouiller à proximité d’un port ou encore pour effectuer, en pleine mer, des réparations.

Dans les deux cas, on pourrait presque dire que Dieu utilise ces deux ancrages, l’un pour nous empêcher de dériver et l’autre, par gros temps, pour nous retenir solidement. Pour finir, il y a de quoi être surpris par cette autre définition :

La miséricorde est une sorte de dague ou poignard à lame mince, à deux tranchants ou à section carrée. Il est question de cette arme dès le XIIIe siècle.

Selon certains, cette arme fut nommée ainsi parce qu'elle obligeait l'un des combattants à crier « miséricorde ! » lorsqu'il l’avait sur la gorge et selon d'autres sources, le nom viendrait du fait que l'on utilisait cette arme blanche pour porter le coup de grâce aux blessés non soignables sur le champ de bataille.

Et si la miséricorde était la dernière arme du Seigneur ! Le coup de « grâce » ou en quelque sorte, le coup de sa grâce !

Rien n’empêche de savourer le chapitre 15 de l’Evangile de Luc. Bien au contraire.

Yves Chalvet de Récy

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