Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Jean Roublot (1927 - 2015)

Jean Roublot et un autre oblat regarde un écran d'ordinateur

Il nous a quitté, comme ça, sans faire de bruit...

Adieu, frère Roublot, et merci pour la qualité de votre regard...

La messe d'enterrement du Frère Roublot aura lieu lundi 20 avril à 9 h 30, en la chapelle des Soeurs de St François d'Assise / 18 rue Raymond / 69001 Lyon. L'inhumation suivra, prévue à 11 h 30 au cimetière de Ste Foy lès Lyon.

Jean-René est arrivé dans notre communauté, le 26 novembre 2014. Il venait prendre la place du Frère Albert Domergue, décédé le 12 novembre 2014. Devant ses difficultés d’alimentation, moins d’un mois après son arrivée, il a été hospitalisé. Il était déjà si faible qu’il n’aurait supporté ni l’opération du cancer dont il souffrait, ni même une chimio ; on allait donc accompagner l’évolution du mal de manière à passer le mieux possible les mois qui resteraient à vivre. Jean-René savait tout cela et il a bien joué le jeu, toujours plein d’humour par rapport à son état. Tant qu’il a pu, il occupait ses journées à prier et à lire ses auteurs préférés : Guy Gilbert et Teilhard de Chardin, mais aussi les revues de ND de Sion et de sa Lorraine natale. Nous l’avons vu diminuer progressivement jusqu’à ce 15 avril, à la fin de la toilette du matin, où il s’en est allé vers le Père, entre les mains des aides-soignantes et des infirmières, pendant que la communauté priait les Laudes et pensait tout particulièrement à lui.

René Roublot – c’est lui qui va ajouter le nom de Jean – est né le 8 mai 1927, à Nancy. Sa maman, Juliette Hélène Roublot était lingère. Elle ne l’a pas gardé et c’est bien plus tard que Jean-René va la retrouver. Ce fut pour lui une grande consolation. De son côté, elle avait refait sa vie, mais c’est à lui qu’elle léguera tous ses biens. Enfant, il a été recueilli par le couple Népot dont il conservait précieusement la photo. Ouvrier agricole, il gardait aussi un bon souvenir de M. Marchal qui aurait dit : « Ah que j’aimerais bien revoir mon Roublot ! » et quand il nous racontait cela, il avait les larmes aux yeux. Les circonstances de son arrivée chez les Oblats ne me sont pas claires. Un premier essai de noviciat à St Ulrich, avec le P. Guthans ne sera pas concluant. C’est plus tard à la Brosse-Montceaux qu’il sera admis et prononcera les premiers vœux. Il arrive alors à Augny dans les années 54 ou 55. Il est employé à la ferme. Il disait à ce propos : « je suis nerveux, et les vaches me refusaient le lait. » Mais dans une ferme, il y a bien d’autres emplois qu’il a pu remplir. Il restera à Augny de nombreuses années. L’autre obédience importante ce sera Strasbourg où il aidait à la cuisine. Il y restera jusqu’au 23 mai 2003, où il partira pour ND de Lumières. Ce sera pour lui une grande chance. Il ne se plaisait pas à Strasbourg, c’était la ville et la campagne lui manquait. Lumières lui apportait tout ce qu’il souhaitait.

Jean-René a laissé un cahier d’une dizaine de pages, que quelqu’un a tapé à la machine. Ce sont comme des pensées, il disait qu’il écrivait plus facilement quand il avait bu un peu ; il a probablement connu les dangers de l’alcool et ici, résolument, il n’en a pas touché une goutte. Mais revenons à ses écrits. A propos de la cuisine, il écrit ceci : « Toi le cuisinier qui regarde dans la marmite, ne vois-tu pas le fond infini de ceux qui jouiront de ton œuvre ?... » et de conclure : « Oui. Entrons dans les choses ordinaires, car ce sont elles qui louent Dieu. »

La vie de communauté n’a pas été de tout repos, a ce propos il écrit : « Les frères et supérieurs semblent indifférents et semblent aussi nous renvoyer à nous-mêmes. Veni Sancte Spiritus. Il trouvera la réponse en lui-même, sans savoir comment, sans faire le malheur contre l’ordre établi, contre son charisme personnel. Il faut un miracle pour changer tout ! » « Oh ! homme, dis-moi au nom de qui tu soumets ton sujet ? … Obéissance ! Obéissance, que ne fait-on pas en ton nom ? »

Ces derniers temps, il pensait constamment à la mort. Une aide-soignante avait insisté pour qu’il prenne un peu de yaourt. Il en prend une cuillerée, puis il lui dit : « Maintenant vous êtes contente ? Bien sûr, lui dit-elle, et lui de conclure « eh bien maintenant, laissez-moi mourir en paix ! » Il nous a aussi raconté un rêve : «  Dans mon rêve, Il y avait une grande salle où se trouvaient tous ceux qui m’aimaient et que j’aimais ; et puis Jésus est venu, il m’a endormi, et quand le médecin est venu, mon cœur ne battait plus. » Il voyait aussi comment on a mis son corps dans le cercueil. Il m’a demandé : « où mettrez-vous mon corps ? » Je voudrais être avec Fernand Vallance et Marcel Keller. » Il ne sera pas avec eux mais pas loin…

Jean-René aura fait tout un chemin de maturation et d’approfondissement qui l’aura conduit de certaines expressions spirituelles un peu artificielles à s’accepter et à accepter la vie avec cette sérénité qu’il nous a montrée ici et qui a si fort frappé celles qui ont été témoin de son départ.

Jean-Pierre Caloz

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