Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

« Il est descendu aux enfers »

Une réflexion sur le samedi saint et sur l'article de foi introduit dans le credo au 9è s.

André Grimonpont lit en public dans la basilique de Pontmain

Pour moi, le temps n’est pas un être. Le temps n’est qu’une manière d’exister, qui est la nôtre et qui est celle de tous les êtres créés. Manière infirme d’exister, instant après instant : je ne suis plus ce que j’étais il y a un instant, et je ne suis pas encore ce que je serai dans un instant…

Il nous est difficile de concevoir que l’on puisse exister sans être dans le temps, car ce que nous concevons est tiré de notre expérience ; or, nous n’avons l’expérience que d’êtres qui viennent à l’existence, qui passent, qui deviennent, qui évoluent. S’ils sont vivants, ils sont faits de cellules qui naissent, vieillissent et meurent. Telle est l’expérience que nous avons de notre façon corporelle d’exister. Provisoirement.

Si le temps faisait partie des êtres, le temps aurait un jour commencé à exister et il y aurait eu un temps d’avant le temps…

Chaque année, nous passons une trentaine d’heures à faire mémoire du passage de Jésus par la mort. Et nous imaginons qu’il a passé lui aussi une trentaine d’heures entre sa mort et sa résurrection « le troisième jour »… Jésus n’a pourtant pas « attendu » de ressusciter, puisqu’il avait achevé son temps, son passage sur cette terre. Il était « passé en faisant le bien ». Pour « attendre », il faut être dans le temps, être encore un être temporaire. Mais, pour Jésus (comme pour nous), mourir c’était entrer avec son corps glorieux dans l’éternité de Dieu.

Nous en venons même à nous demander ce que Jésus a bien pu faire, en « attendant », pendant cette trentaine d’heures. Alors, nous imaginons qu’il est allé rejoindre tous les humains qui étaient morts avant lui, certains depuis trois millions d’années. Nous imaginons que tous ces morts « attendaient », et que Jésus est venu enfin les faire participer à sa résurrection. Nous disons donc qu’il est descendu non pas en enfer mais « aux enfers », au shéol, au séjour des morts, l’Hadès. Cela veut dire simplement qu’il est vraiment mort.

Il s’agit donc d’une façon de parler, d’une façon de concevoir les choses, comme si elles s’étaient déroulées dans le temps. Il en est de même de nos morts : ils n’attendent plus rien puisqu’ils ont fini leur temps, ils ne sont plus des êtres temporels ; ils sont arrivés, ils sont ressuscités, ils ont part à la résurrection de Jésus.. Ils sont entrés dans l’éternité de Dieu. Quand on célèbre des obsèques, on ne pleure pas sur les morts, on pleure avec ceux qui restent et qui sont dans le deuil. Ceux qui sont à plaindre, c’est ceux qui restent.

Le corps ressuscité de ceux qui nous ont précédés n’est pas la réanimation de leur cadavre : il n’est plus fait de cellules qui naissent, se développent, vieillissent et meurent. (1 Cor 15,35-44)

Je ne crois donc pas que la mort soit la « séparation de l’âme et du corps », comme l’imaginait Platon 400 ans avant J.C. Qu’est-ce que c’est que cette espèce de zombie qui serait prisonnier d’un corps et qui, après la mort, subsisterait sans corps, enfin libéré de cette enveloppe charnelle ?... « Sans corps, il n’y a pas d’âme, car une âme qui n’anime rien n’est pas une âme, elle n’est rien. » (Rey-Mermet, Croire, tome 1, page 434). Quand je demande à saint André d’intercéder pour moi, c’est à lui que je m’adresse, pas à son « âme ».

Si nous cessions de présenter aux athées et aux incroyants une image incohérente de notre foi en la résurrection, peut-être reconnaîtraient-ils (en attendant de partager notre foi) qu’au fond, ce n’est pas si con que ça… Même s’il était inimaginable que Dieu nous réserve une telle destinée ! C’est son Fils qui est venu nous le révéler.

André Grimonpont

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