Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

"Il faut y aller !"

(3 B / Jonas 3,1-5.10/ I Co 7,29-31/Marc 1,14-20)

Le livre de Jonas décrit une expérience sous forme de mythe. Il met les gens de Ninive sous la pression d’une menace. Il y a urgence à changer de vie sinon la ville sera détruite. Les gens n’ont pas le choix. Chantage ou menace ! Appelez ça comme vous voulez. En tout cas, on leur fait comprendre que la renonciation au châtiment est conditionnée par leur conversion. Il faut faire vite.

Les Corinthiens à qui s’adresse Paul sont dans un autre contexte. Ils s’imaginent que le temps est limité pour eux parce qu’ils pensent que le retour du Christ est pour demain. Alors, à quoi bon s’attacher à ce qui passe, comme un projet de mariage, ou bien accorder du poids aux pleurs ou aux joies, ou bien encore faire des réserves pour demain. Non ! il ne faut pas s’attacher. De là à vivre dans l’insouciance en attendant oisivement le Seigneur, il n’y a qu’un pas !

L’Evangile est d’une toute autre tonalité. L’appel de Jésus se fait sur fond de drame : l’arrestation de Jean Baptiste. Or, dans ce moment là, Jésus ne vit pas le temps présent comme une menace, ni comme dans une attente insouciante de l’avenir. C’est tout le contraire : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez–vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». L’urgence ne vient ni d’une menace, ni d’une fin du monde toute proche qu’il suffirait d’attendre. Il y a urgence parce que le Royaume est là tout proche. Il ne faut pas passer à côté de cette Bonne Nouvelle. Pour cela, il est temps de se mettre à l’œuvre et de jeter les filets.

Ces trois messages bibliques nous placent au cœur de l’actualité. Ils nous aident à discerner comment nous y vivons le rapport au temps qui est le nôtre. Nous vivons en ce moment une période troublée pleine d’incertitudes.

Ou bien nous nous enfermons dans la peur. Nous vivons en permanence sous la crainte d’une menace comme les gens de Ninive. On va alors chercher par tous les moyens à se protéger. Car décidément avec le chômage de masse, le terrorisme ambiant, ce monde est menaçant. Le pire peut surgir à chaque instant. Mais vraiment, ce n’est pas une vie de vivre dans une peur qui enferme et paralyse.

Ou bien comme les Corinthiens, nous prenons notre parti de ce monde qui passe. A quoi bon entreprendre quoi que ce soit. Nous attendons tout du ciel. Nous nous réfugions dans une spiritualité de l’au-delà.

Ou bien, comme Jésus vivant dans un contexte de violence, nous relevons la tête. Le Royaume est là, relevons le défi. Il est temps de relever les manches, de jeter les filets Pour témoigner de ce Royaume à faire surgir avec Christ. Oui, ce temps est le temps favorable. Ce temps est un temps de grâce. Comment le sera-t-il ? Si nous apprenons à vivre dans un même mouvement liberté et fraternité, si nous marions ensemble le droit à la liberté d’expression avec le travail de la fraternité.

Si nous travaillons d’arrache pied à faire triompher le respect absolu de l’humain, de la personne sur le rejet ou le mépris.

Si nous approchons les autres différents de nous avec le parti pris d’apprendre quelque chose d’eux. C’est ce que avons déjà essayé de vivre dans les rencontres entre chrétiens et musulmans par exemple ou en nous approchant des plus défavorisés comme les familles roms

Si nous témoignons de l’Evangile dans le quotidien sans qu’aucune attaque, aucune dérision ne nous déstabilisent.

C’est ça « jeter les filets » : aller vers les autres, tous ceux que la vie met sur notre route sans faire le tri en cherchant la rencontre, le dialogue, la fraternité qui sont la marque de l’Evangile. C’est le sens du synode dans lequel nous nous engageons : avec Christ, prendre soin des autres en partageant la joie de l’Evangile.

Marcel Annequin

Contact Hébergeur : Arsys © Missionnaires oblats de Marie Immaculée - Province de France - 2013