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Commentaires d'évangile

17 août : Les petits chiens d'aujourd'hui (Mt 15,21-28)

Avouez que cet évangile est choquant : quel accueil glacial ! cette Cananéenne et sa fille seraient-elles des petits chiens ? Moi, dans un premier mouvement, je résiste. Qu’est-ce qui m’aide à passer de la résistance à l’accueil ?

C’est d’abord la démarche audacieuse de cette maman prête à tout pour sauver sa fille de la maladie psychique dont elle ne voit pas le bout. Pour porter cette souffrance, elle doit être seule : pas de présence d’un mari. Finalement, elle , une païenne, se résout à se tourner vers Jésus dont elle connaît la réputation. Elle crie sa douleur. Et l’accueil est glacial, méprisant : « il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens ». Devant l’attitude presque méprisante de Jésus, elle manie l’humour avec finesse. Elle ne demande pas la lune, simplement quelques miettes !  Elle ne lâche rien. Et son étonnante audace va payer. Elle fait changer Jésus : il faut quand même le faire ! Il est tellement surpris lui-même qu’il laisse éclater son admiration et lui lance : « Ta foi est grande », à elle une païenne étrangère à la foi d’Israël.

Mais alors, comment comprendre ce retournement de Jésus ? Il a passé la frontière vers Tyr et Sidon. Pourquoi ? Le récit précédent évoque la rencontre orageuse de Jésus avec les pharisiens. Controverse à n’en plus finir sur les traditions immuables, le pur et l’impur, les rituels à répéter avant chaque repas. On peut penser que tout ça lui prend la tête. Il veut prendre un peu de distance. Sera-t-il plus tranquille de l’autre côté de la frontière ? Eh bien non ! Sa réputation le poursuit. Mais la manière dont il parle à cette femme a de quoi choquer . Quand on le connaît, on s’attendrait à autre chose. Ce qui faut comprendre, c’est que Jésus ne joue pas avec l’humanité. Il n’est pas un surhomme. Il est un homme de son temps, de son peuple, de sa mentalité. Il est marqué comme ses contemporains, par les préjugés dominants de la société : on ne discute pas avec un Cananéen, encore moins avec une Cananéenne ! Hors d’Israël, pas de salut ! Et finalement, c’est cette femme étrangère tourmentée par le malheur qui lui ouvre les yeux, lui permet d’élargir son regard au-delà de son pays et de sa religion. C’est elle qui lui fait prendre une conscience humaine de sa mission. Il ne faut pas croire que ça a été facile pour lui ! Il a du faire un chemin.

Les premiers chrétiens, de la communauté de Matthieu, qui ont eu un mal fou à s’ouvrir aux païens, aux étrangers, ont retenu cet évènement parce qu’il décrivait quelque part le chemin qu’ils étaient appelés à faire et, du coup, le propre chemin de Jésus devenait lumineux pour eux.

Alors quand j’entends cet évangile aujourd’hui, j’en fais quoi ? 3 réflexions :

Il doit me permettre de porter un regard sur le monde. Aujourd’hui, des gens, des peuples sont considérés moins bien que les chiens, comme « des déchets » pour reprendre le mot du pape François : les Gazaouis écrasés sous les bombes comme des mouches, les chrétiens et les Yezedis d’Irak humiliés, violés, tués par les djihadistes, les personnes méprisées, comptées pour rien chez nous. Allons-nous nous habituer à ce mépris répété de l’homme, à cette mentalité qui pousse à ne pas prendre soin de l’autre. De grâce ne nous habituons pas ! Résistons à la mentalité de l’indifférence et de la mort.

Jésus face à la mentalité du rejet de l’étranger fait un chemin. Il consent à recevoir , à changer son point de vue par cette femme pauvre et étrangère. Aujourd’hui, pour sortir de l’indifférence à l’autre, du mépris de l’autre, il nous faut aller à la rencontre des personnes différentes de nous, engager le dialogue avec celles et ceux qu’on a du mal à rencontrer, à accepter comme des frères humains. Il y a du chemin à faire pour chacune et chacun de nous. Il y va de la crédibilité de notre foi en Dieu Père de tous les hommes, de notre capacité à prier « Notre Père » sans être hypocrites.

Trouver une nouvelle dynamique de prière. La femme cananéenne est obstinée et tenace. Elle ne lâche pas Jésus. Sa prière est profondément et ancrée dans sa vie, dans le combat qu’elle mène pour la vie. Ce n’est pas une prière récitée mais le cri de sa vie, un cri indissociable du combat qu’elle mène. Demandons nous comment notre prière nous engage dans le combat contre le mépris, pour la justice et le respect de la dignité de toute personne.

Marcel Annequin

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