Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

"Le truc d'Eugène, c'était les pauvres"

portrait de Eva, souriante

Eva travaille au Secours Catholique de Marseille, notamment auprès des familles Roms. Par ailleurs, elle participe avec les Oblats à l’École de la Mission. Elle nous partage la raison d'être de son engagement et le pourquoi de son intérêt pour Eugène de Mazenod.




J'ai fait mon stage de fin d'études au Secours Catholique sur « la scolarisation des enfants Roms », afin de comprendre pourquoi ces enfants restent dans les bidonvilles ou sont dans la rue au lieu d'être à l'école.

Je me suis rendue compte que ce n'était pas simple. Quand on vit dans l'extrême précarité sans eau ni électricité, qu’ on ne peut pas se laver et qu’on n'a pas d'habits propres, on arrive à l'école et forcément, on se sent rejeté ! Quand on n'a pas de lieu pour travailler, pour se poser et qu’on craint l’expulsion, les conditions ne sont pas réunies pour suivre une scolarité normale. Et puis, il y a une autre priorité pour ces familles, celle de manger !

Du côté de l'institution scolaire, il y a parfois des résistances à accueillir des enfants Roms. Certaines écoles ont déjà refusé d'inscrire des enfants parce que cela donnait une mauvaise image ! Cela dit, je crois que la situation s’améliore. On vient d'inscrire 30 enfants et cela s'est plutôt bien passé, même s’il reste encore des difficultés dans les délais d’affectations et dans le nombre de places disponibles.

une  famille rom fait la fête  devant la caravane

Il y a quelques années, je ne pensais pas que je travaillerais dans une O.N.G. de solidarité, avec des familles Roms. C'est un peu la providence qui m'a amenée ici. En même temps, j'ai grandi dans une famille catholique où j'ai appris certaines valeurs. Je pense que j'ai toujours été un sensibilisé à l'autre. Mais, être engagée de cette manière et dans ce milieu-là, effectivement... J'ai l'impression de n'avoir rien choisi. C'est la providence : d'opportunités en opportunité, je crois que quand on fait confiance à Dieu, on se laisse porter et Il nous amène sur des chemins qu'on ne peut même pas imaginer ! Au final, je trouve de la joie dans ce que je fais.

J'essaie vraiment de puiser mes forces en Dieu. Je pense que si Dieu n'était pas là, je n'arriverais peut-être pas à faire cela. En fait, beaucoup de gens me disent qu'il ne pourrait pas faire ce que je fais. Je leur réponds que c'est à la portée de tout le monde. C'est sûr qu'il faut aller chercher l'énergie ! Moi, je vais la chercher en Dieu. C'est vrai que ce n'est pas toujours simple. Parfois, on est découragé mais je crois que Jésus, son truc, c'était les pauvres, et je crois que peut-être c’est la même chose pour moi aussi!

Comment ton entourage a réagi quand tu as dit que tu prenais cette voie ?

Il y a eu deux réactions. La première était : Moi je t'admire... Ce que tu fais... tu es courageuse. Je ne pourrais pas le faire ! Et l'autre type de réaction, c'est de l'incompréhension totale: « Tu es folle... Tu vas attraper des maladies... Surtout, ne mange rien et ne boit rien... Fait très attention, n'y va pas le soir ! » En fait, quand j'entends les gens parler, je réalise que l’imaginaire travaille beaucoup : dans « ces milieux-là », il se passerait toutes sortes de choses... Alors que non ! Ce sont des gens qui sont dans la précarité et la souffrance et qui ont juste envie de vivre simplement, dignement, de pouvoir élever leurs enfants. D'ailleurs, la première chose qu'ils nous disent, c'est : « Moi je veux que mes enfants aillent à l'école parce que je ne veux pas que mes enfants vivent comme moi. Je veux avoir un appartement, je veux donner une chance à mes enfants. ».

Maintenant, cela fait trois ans que je travaille dans l’accompagnement de familles Roms. À force d'en parler et de témoigner, je vois qu'autour de moi, cela fait du chemin. En fait, les gens sont intéressés. Quand ils rencontrent quel-qu’un qui est en contact direct avec les Roms, ils posent des questions alors que quand tu lis un article de journal, tu n'as pas le droit de poser de questions ! Tu reçois ce que tu lis et c'est tout. C'est pour cela que pour moi c'est vraiment très important d'en parler, même si j'essaie quand même de couper de temps en temps avec mon boulot ! Je voudrais que chacun puisse changer de regard sur ces familles.

portrait de Eugène de Mazenod, jeune prêtre

Le site Internet oblatfrance.com veut mettre en valeur tout ce qui tourne autour de la « sphère oblate », disons même, « mazenodienne ». Qu'est-ce qui fait que tu t'y trouves ?

Dans ce que j'ai lu d'Eugène de Mazenod, ce qui m'a beaucoup touchée, c'est qu'il allait vers les pauvres et il leur disait qu'il fallait se rebeller. Je ne sais pas si c'est le mot qu'il utilisait mais c'est comme ça que je l'ai compris ! Il disait : « A l'église, ne restez pas au fond, allez à la première place ! » Ça, ça m'a beaucoup touchée : soutenir les pauvres, les booster, c'était son truc. Aujourd'hui, les pauvres n'ont pas vraiment de place dans la société. Pourtant, je pense que c'est vers eux qu'il faut aller. Ils peuvent nous apporter et nous apprendre beaucoup de choses, bien plus qu'on ne le pense.

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