Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Connaître Jésus apporte la joie de vivre

Raymond-Pierre à Paris le jour de l'interview
célébration en plein air au Nord Cameroun. Tam-Tam traditionnel et batterie moderne

Raymond-Pierre Nani est responsable de la Province OMI du Cameroun.
De passage à Paris, il nous a parlé de la situation des Oblats dans son pays.

Quels sont les défis de la pastorale au Came­roun ?

Le gros défi, actuellement, c'est ce que j'appelle les chrétiens « caméléons » tendus entre le fait d'être chrétiens et la religion traditionnelle, dans une sorte de syncrétisme. Ça, c'est un défi ! Aujourd´hui, la plu­part des gens ont reçu l'annonce. Mais, est-ce qu'ils le manifestent ? L'année de la foi a été l'occasion de se poser la question : est-ce que je suis heureux d'être chrétien ? Est-ce que je le montre par mes actes, par l'ensemble de ma vie ? Ça, c'est au niveau de la vie chrétienne.

Quels sont les beaux visages du christianisme au Cameroun ?

Pour beaucoup de Camerounais, le fait d'être chrétien, c'est d'abord la connaissance de Jésus. Et, malgré nos faiblesses et nos limites, cela apporte de la joie pour vivre : on voit l'au-delà avec beaucoup d'espé­rance. Cela se voit quand un chrétien meurt. Les chré­tiens se regroupent, ils prient, ils chantent, ils dansent, ils confient le mort à Dieu. On voit tout de suite la diffé­rence avec la religion traditionnelle où la mort est davantage vécue comme un drame : quand quelqu'un meurt, on se jette, on dit qu'il est parti, que c'est fini ; il y a de l'agitation, des pleurs, parfois même on se fait du mal ! C'est-à-dire qu'on est terrifié. C'est la pre­mière des choses. Les gens de l'extérieur nous le disent : « Vous, les chrétiens, quand on voit comment vous gérez vos deuils, cela montre qu'il y a la vie après parce qu'il y a la joie ! »

Qu'en est-il de l'engagement des Oblats dans la question de la justice, de la paix et de l'intégrité de la création ?

Beaucoup d'Oblats se mettent ensemble avec les chrétiens pour dénoncer tel ou tel phénomène. Il faut que les chrétiens eux-mêmes essaient de lutter pour la justice.

Par exemple ?

Les élections ! Il faut expliquer aux gens comment s'inscrire. Alors on fait des campagnes pour les sensibiliser. Je pense également au problème des terrains dans les villages. Beaucoup de personnes ignorent leurs droits. On les forme donc à les connaître et à se défendre parce que c'est ça, la justice. Quand tu ne connais pas ton droit, on peut venir t'arracher ton terrain. Le chef peut venir te prendre une chèvre. Généralement, tu te dis : « C'est le chef qui a parlé » ! Mais il n'a pas le droit et les gens commencent à le savoir, bien qu'il y ait la peur. En effet, bien souvent, on se dit : « Cela ne va pas aller loin. Le chef aura toujours le dessus... » Mais aujourd'hui, dans les comités « Justice et Paix », des laïcs connaissent la justice et aident les gens à se défendre. Ils parlent beaucoup de la corruption, de la prise de terres par les grands. On voit que quelque chose se fait et l'on a moins peur.

Pourquoi des jeunes Camerounais rentrent chez les Oblats aujourd'hui ?

Pour servir Dieu et servir leurs frères et soeurs. C'est ce qui ressort de leur motivation. Je le vois dans leur manière de vivre, dans leur manière d'être, même si certains embrassent un peu la réalité du monde, c'est-à-dire des revendications : « Moi je veux ceci, moi je veux cela... ». Je leur dis : « Nous sommes dans des paroisses qui n'ont pas encore l'électricité, sans Inter­net, sans téléphone. Si toi, à la maison de formation, tu réclames cela, comment feras-tu quand on t'enverra là-bas ? »

Par contre, on voit d'autres jeunes qui sont clairement motivés, sur qui on peut compter et ça, ça donne de la joie. Quel est ton rêve le plus cher pour les Oblats au­jourd'hui ?

Au Cameroun, grâce aux Oblats, nous avons connu l´Évangile. En cette année « de la foi », nous disons merci à Dieu pour ces braves missionnaires qui nous l'ont apportée, une foi qui est en train de continuer dans nos églises. Mon rêve, c'est que nous vivions comme des hommes de foi et que nous montrions, par nos actes et nos paroles, que nous avons découvert Dieu, que nous avons découvert Jésus. Comme disait notre Fondateur : aimer l'église, aimer le Christ, c'est la même chose !

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