Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Louis Leroy (1923-1961)

  1. Le témoignage de Mgr Loosdregt, omi

Mgr Loosdregt, au centre à gauche et quelques Oblats<br/>dont Léo Deschatelets, à ses côtés, supérieur général d'alors.
Mgr Loosdreg, 2è à gauche
avec quelques Oblats
Un groupe de 10 missionnaires en soutane noire prennent la pause pour le photographe. L'évêque a une croix pectoral sur le ventre. Les autres, Oblats, ont leur croix missionnaire à la ceinture
Un missionnaire au milieu des militaires
un adulte et un enfant, les armes à la main...
partout, la guerre...

Les derniers jours et la mort du Père Louis Leroy
racontés par Mgr Étienne Loosdregt, vicaire apostolique de Vientiane

Ce récit des événements a été écrit pour les missionnaires. Il s´appuie sur le témoignage, absolument digne de foi, d´Anna, la jeune femme chrétienne de Ban Pha dont il a été question plus haut. Le texte a été légèrement adapté pour le rendre plus compréhensible et accessible par un plus large public, et assurer la cohérence du vocabulaire.

« Le samedi 15 avril 1961, vers 17 h, des troupes de la guérilla entrent à Ban Pha, après deux ou trois jours de combat aux environs et de tirs d´artillerie. Le dimanche (2e dimanche après Pâques) et le lundi sont calmes. Les militaires circulent dans le village, et les agents politiques commencent leur propagande et posent beaucoup de questions au sujet du Père : "Est-il en liaison avec les Américains ? A-t-il aidé le parti de la droite ? les Hmong ? Fait-il du renseignement ? N´a-t-il pas un poste émetteur, des armes ?" Certains viennent jeter un regard curieux à la mission, échangent quelques mots avec le Père.

Le mardi matin 18 avril, le Père Leroy célèbre la messe et prend son petit déjeuner comme d´habitude. Vers 9 h 30, des soldats entourent la mission. Ils donnent ordre à Anna, la voisine, d´appeler le Père. Elle le trouve à la chapelle. Il sort et va à la rencontre des chefs, à la porte de clôture. On lui dit qu´un ordre radio du gouvernement est arrivé, ordre pour le Père de rentrer au centre de la Mission à Xieng Khouang. Le Père répond qu´il ne veut pas quitter ses chrétiens, car il est seul à Ban Pha pour s´occuper d´eux, tandis qu´à Xieng Khouang il y a déjà plusieurs Pères.

Ils lui demandent alors de leur remettre son revolver. Il répond qu´il n´en a pas, et qu´il n´en a jamais eu, il est prêtre. Ils veulent le fouiller, il quitte sa soutane et sa chemise sans se faire prier. Dans les poches ils trouvent son chapelet et son mouchoir, c´est tout. Rhabillé, il rentre chez lui accompagné de deux soldats, qui s´emparent tout de suite de son fusil de chasse, fouillent rapidement la chambre à la recherche du fameux revolver ; ils parlent entre eux en vietnamien. Anna se demande si ce soi-disant revolver n´est pas tout simplement la grande croix que le Père porte à la ceinture... Finalement les soldats se retirent sur quelques mots polis. Le Père va à la chapelle pour prier et dit à Anna de beaucoup prier elle aussi.

À peine une demi-heure plus tard (11 h 30), un fort groupe de la guérilla se rend chez le Père Leroy. Quelques instants plus tard Anna, qui est chez elle en train de préparer le repas, voit ressortir tout le monde. Le Père a fermé fenêtres et porte, mis les clés dans sa poche et part en avant de cinq ou six soldats : tête et pieds nus, en soutane, croix à la ceinture, bréviaire sous le bras. Au passage devant la maison d´Anna, il répond à une question de celle-ci : "Je vais voir le commandant, qui me demande." D´autres soldats restent devant la maison et en interdisent l´accès.

Vers 14 h, quelques soldats reviennent ; ils ont les clés, et annoncent à Anna qui demande où est le Père : "Il est parti à Xieng Khouang ; nous venons inventorier et ranger ses affaires."

Le soir, vers 20 h, la population du village est rassemblée pour un khosana - une séance de propagande. "Le Père n´a pas été tué, disent-ils, bien qu´il soit un espion et un traître. Il est mauvais. On l´a emmené à Xieng Khouang ; plus tard un autre, meilleur, viendra le remplacer."

Deux ou trois jours plus tard, c´est le pillage total de la mission par les soldats de la guérilla : ils déchirent les images, brûlent ce qu´ils ne peuvent emporter.

Le jour de la capture du Père Leroy, une femme de Ban Pha Teu a vu passer le Père, entouré de soldats, dans la rizière en bordure du village. Un peu plus tard, elle a entendu plusieurs détonations et a pensé qu´on tuait le Père, non loin de là dans la forêt. Dans l´après-midi, un groupe de femmes du même village, allant chercher du bois de chauffage, s´est heurté à des soldats qui les ont chassées. Elles sont rentrées en hâte chez elles, effrayées. Les jours suivants, elles repèrent dans la forêt, dans ce même coin, une tombe fraîche à laquelle on a voulu donner un aspect ancien en répandant des brindilles et des feuilles mortes au-dessus. On chuchote que le Père est enterré là, et personne n´ose plus approcher. »

Le Père Pierre Chevroulet, o.m.i., a ajouté quelques notes à ce récit :

« Lorsqu´ils ont fait l´inventaire de l´église, Anna réussit à sauver le Saint-Sacrement et les vases sacrés. Plus tard, début mai, elle reconnaîtra effectivement la tombe et acquerra la conviction que le Père est bien enterré là. Ceci sera confirmé des années plus tard quand un père pourra revenir sur les lieux.

Le document de Mgr Étienne Loosdregt est daté du 15 juin, près de deux mois après les faits. C´est qu´il a fallu tout ce temps pour savoir ce qui s´était passé. Les soldats de la guérilla, qui n´ont jamais reconnu leur forfait, ont essayé de camoufler par tous les moyens la vérité de leurs agissements. On peut lire dans le codex historicus de Xieng Khouang le récit de toutes les démarches effectuées en vain par le Père Henri Rouzière, o.m.i., supérieur de Louis Leroy, pour obtenir des renseignements sur sa disparition et celle de son confrère, le P. Michel Coquelet. »

Mgr Loosdregt

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