Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Léon Canelle (1925 - 2013)

Notre frère Léon Canelle est retourné chez son Père, très tôt, le matin du 25 juin. Ayant appris qu’il y avait une possibilité d’aller en voiture, à la retraite de la Province, à Pontmain, du 20 au 25 mai, il avait saisi l’occasion pour retrouver des confrères et vivre ce temps de fraternité. Il est cependant revenu fatigué, son dos avait mal supporté le voyage et les pieds, pourtant bien soignés à Pontmain, avaient développé quelques complications.

Il a été hospitalisé, pour un séjour qui devait être bref, dans les derniers jours de mai. Et puis, les progrès et les rechutes se sont alternées jusqu’au dénouement que nous connaissons.

Il était né le 20 octobre 1925, il a fait les premiers vœux le 17 février 1947, il a été ordonné le 22 décembre 1951. Ce sont les quelques dates dont je dispose. Il est sans doute parti au Cameroun en 1952 et y est resté jusque dans les années 2000. A son retour, il passera huit ou neuf ans en Belgique, dans la paroisse Saint Léger à Dottignies, de là, il rejoindra la communauté de Choulans, avec laquelle il inaugurera l’EHPAD de Saint François d’Assise.


Et maintenant, comment mieux évoquer la personnalité de notre frère Léon que de lui donner la parole ? Vous savez qu’il taquinait les muses, il nous a laissé un petit recueil « L’Alchimie des mots » qui lui tenait beaucoup à cœur. Il y travaillait sans cesse et avait plaisir à le faire découvrir. A l’hôpital, il avait demandé que je le lui apporte et il en avait parlé au personnel. Il aura ainsi passé une vieillesse heureuse à se débattre avec la langue pour dire un peu l’au-delà des mots. C’est ce qu’il exprime dans un de ses tout derniers écrits.

« Ai-je raison de me croire poète ? Ce que je sais c’est qu’il existe au-dessus de nous, hors de nous, une Réalité qui nous dépasse, immense, belle infiniment, si intense que je n’en puis parler vraiment dans aucun langage humain. Qu’il me faut donc trouver, pour la dire, un mode d’expression nouveau, doux et léger comme une musique, chant et danse mêlés, fait de sons de parfums, de couleur… Cette Réalité indicible qui m’habite et m’obsède, la région merveilleuse que je m’efforce d’explorer, si je parviens à la décrire… mieux encore si j’arrive à la faire aimer… alors là, oui vraiment, je suis un poète.»



La Réalité qui nous dépasse, il l’exprime ainsi dans « L’appel du désert » :

« Celui dont tu cherchais, mon frère, la rencontre,
Le voici qui t’appelle, aventurier de Dieu.
Qu’en ta course mystique au bout tu nous le montres
Et nous guides vers Lui dans son désert des Cieux. »

Dans « L’absolu de Dieu », il s’extasie de se savoir aimé :

« Dans mon âme orpheline un grand Amour me vient !
Ta présence à chacun de mes pas me soutient.
Tu m’aimes, moi pécheur, est-ce encore possible ?
C’est fou ! Mon cœur s’enflamme en bonheur indicible.
Toi qui sais tout tu sais combien je t’aime aussi
Plus que ne sus jamais le monter jusqu’ici ! »

Dans « Comme Bête à Bon Dieu », il fait un peu son portrait.

« Il a vécu fidèle à sa réputation, disert parfois, souvent muet comme une carpe…
Ne le jugez pas mal, amis qui le croisez, avec son œil de lynx, aveugle pis que taupe,
Il en sait plus de vous que ne le supposez. Bon compagnon, dit-on, si la manière achoppe.»

Sa vision de la communauté, il la dit dans un commentaire du Psaume 133

« Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères,
D’habiter dans ta maison, Seigneur.
Toi, ta Vie en partage, un seul cœur, le pain de ta Parole… et se taire…
Ta Parole est silence, Seigneur, et ton silence que je préfère
Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères.

La pensée de la mort est un peu partout dans ses poèmes, par exemple dans « Le chant du départ » :

« La messe est dite, il faut partir. Qu’enfin mon âme en paix repose.
Le temps n’est plus de compatir, ni peine vaut ni vain désir…
Laissez-moi m’en aller, ce soir, m’étendre en close résidence.
Plus de larmes, de messe en noir, de mots au parfum d’encensoir.
Mon deuil s’achève en une danse.»

« Dans la Maison du Père », il dit son espérance :

« Je m’en irai jouir du bonheur essentiel, laissant selon l’usage aux amis, une lettre,
Où dévoiler le don d’un Amour à renaître, d’autant plus exaltant que le nôtre est partiel.
En marge désormais du mal-être du monde, j’aurai grande pitié de la planète ronde,
N’aspirant plus qu’au grand dernier rassemblement
Où nous célébrerons heureux la fin des guerres,
Un seul cœur, même foi, commun ravissement,
Dans la maison du Père, au Paradis mes frères.»

… et dans l’humour, jusqu’à la fin :

« Triste le jour qui me vit naître, fils d’Eve.
Tout le monde autour de moi riait, riait…
Je crois bien que je me souviens, comme un rêve,
Et moi seul, tout nu, qui pleurais, qui pleurais.
Qu’il vienne le jour plus faste, qu’il se lève,
Où confondus, en larmes, je les verrai,
Déplorant qu’enfin mon périple s’achève,
Alors seul vraiment, je rirai, je rirai…

André Marion
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