Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Jean Lerayer (1926 - 2013)

Jean Lerayer et moi, nous nous connaissions depuis longtemps puisque nous avions fait ensemble le noviciat d’entrée dans la vie religieuse, à Pontmain justement, en 1945-46 et que l’an dernier, nous avions célébré ensemble encore à Moncontour le soixantième anniversaire de notre ordination comme prêtres.

Depuis, la vie missionnaire des Oblats nous avait envoyés en des postes et des activités multiples. Pour lui, ce fut Angers, Pontmain, St Brieuc,  Bar le Duc, aumônier à l’hôpital militaire de Nancy, puis aumônier militaire à Landau en Allemagne, puis Notre Dame de Sion en Lorraine, puis  en paroisse  dans la banlieue de Nancy, puis  Saint Avold, Montigny les Metz,  puis de nouveau en paroisse : Metz, Caen. Et puis Saint Brieuc et Moncontour jusque ces jours derniers où il bénéficia des soins affectueux, fraternels, compétents et très éclairés de ses propres sœurs et des Sœurs de Saint Thomas de Villeneuve.

Ces quelques repères de lieux et de dates, nous font découvrir que Jean, tout en vivant une même mission apostolique, l’a remplie sur deux rythmes différents. Pour une part en des interventions passagères, dans des églises locales et des prédications circonstancielles. Et pour une autre part en présence permanente, mais avec toujours au cœur le désir de « servir », quel que soit le chemin de bonheur tracé par le Christ.

Pour sous-tendre toutes ces activités, la famille de Jean a fait l’heureux choix de nous donner à lire le texte de l’évangile des Béatitudes. (Matthieu 5) Quand Jésus vit tout ce peuple, il gravit la montagne. Là il s’assit et ses disciples s’approchèrent de lui, il ouvrit la bouche et commença à les enseigner :

  • Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, le Royaume des Cieux est à eux.
  • Heureux les doux, ils auront la terre en héritage.
  • Heureux ceux qui sont dans le deuil, ils seront réconfortés.
  • Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés.
  • Heureux les miséricordieux, ils auront droit à la miséricorde.
  • Heureux ceux qui ont le cœur pur, ils verront Dieu.
  • Heureux ceux qui sèment la paix, ils seront appelés enfants de Dieu.
  • Heureux ceux qui sont persécutés quand ils agissent en toute droiture, le Royaume des Cieux est à eux.
  • Oui, heureux serez-vous quand on vous insultera à cause de moi, et qu’on vous poursuivra, et qu’on dira sur vous toute sorte de calomnies. Soyez heureux, sautez de joie, car vous avez dans les cieux une belle récompense.

C’est peut être le meilleur choix parmi les paroles de Jésus. Je me souviens d’avoir entendu une fois un très grand homme politique français répondre à une dame qui lui disait que le plus beau passage des évangiles était pour elle le retour de l’enfant prodigue. « Eh bien, moi, Madame, je crois que le plus beau passage des évangiles ce sont les Beatitudes » (Raymond Barre)

De toutes ces beatitudes, s’il fallait en souligner une qui a marqué particulièrement l’histoire de Jean, celle que je choisirais , c’est son amour d’autrui, à commencer par l’affection témoignée à la famille de ses origines et à sa famille d’élection, les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, comme en témoignaient les multiples images et les statues dont sa chambre était ornée.

Jean était, et il est toujours notre frère bien-aimé.

Cela ne l’empêchait pas de lancer quelquefois à ses frères Oblats des pointes d’humour, ou des cocasseries inattendues, qui le rendaient célèbre. Mais c’était aussi sa manière de se corriger quand il sentait qu’il en avait besoin. Il m’a dit un jour : « je vais te dire pourquoi j’ai voulu être aumônier militaire. C’est ma manière de me discipliner !»

J’ajouterai ce que je lui ai entendu dire une fois très lentement, longuement et de façon pénétrée  : « J’adore Dieu le Père , J’adore Dieu le Fils, …., et il a même ajouté : j’adore Saint Anne… » C’était, admettons-le, une sainte exagération, mais il y mettait tout son cœur.

Il aimait beaucoup les gens, même s’il ne l’ exprimait pas à tout moment. . Dans son ministère, il a sans nul doute fait beaucoup de bien à de nombreuses personnes parce que c’est ce que Dieu nous demande et nous aide à le réaliser. Ce sont des Oblats du Viet Nam qui l’ont connu en France, qui m’ont demandé ces jours-ci d’en témoigner en leur nom.

Je voudrais terminer ces propos sur notre ami et frère bien aimé Jean, en lui appliquant hardiment ce que le Père Teihard de Chardin avait envisagé pour lui-même en des paroles inoubliables  :

Mon Dieu,… faites…, mon heure étant venue, que je vous reconnaisse sous les espèces de chaque puissance, étrangère ou ennemie, qui semblera vouloir me détruire ou me supplanter.

Lorsque sur mon corps (et bien plus sur mon esprit) commencera à marquer l’usure de l’âge ; quand fondra sur moi du dehors et naîtra en moi, du dedans, le mal qui amoindrit ou emporte ; à la minute douloureuse où je prendrai tout à coup conscience que je suis malade ou que je deviens vieux ; à ce moment dernier, surtout, où je sentirai que je m’échappe à moi-même, absolument passif aux mains des grandes forces qui m’ont formé ; à toutes ces heures sombres, donnez-moi, mon Dieu, de comprendre que c’est vous (pourvu que ma foi soit assez grande) qui écartez douloureusement les fibres de mon être pour pénétrer jusqu’aux moelles de ma substance, pour m’emporter en Vous.

Michel Frémaux
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