Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

La nuit n'est jamais complète

Manifestation en faveur des sidéens
Manifestation en faveur des sidéens
Mgr Ngarteri
Mgr Ngarteri
La cathérale de N'Djamena
La cathérale de N'Djamena

Je commence par vous raconter le petit incident de ce matin avant l’aube, quelle nuit noire ! N’ayant pas pris ma torche je me suis cogné contre l’arbre mort qui borde le chemin menant à la chapelle, alors que les nuits de pleine lune, nous marchons comme en plein jour. Or, coïncidence, le sujet de ma méditation de ce matin se portait sur la phrase de Jésus dans Jean :« Je suis la Lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la Vie. » Et, c’est bien ce que nous lirons le jour de Noël aussi dans l’Evangile de Jean : « Le Verbe était la vie et la vie était la lumière des hommes. Il s’est fait chair, il a habité parmi nous. » Quelle formidable nouvelle ! C’est mon grand souhait que je formule pour vous tous, d’accueillir la lumière devant l’Enfant Jésus en cette nuit de Noël. Et tous ceux qui font confiance à la vie, croyants ou pas peuvent se reconnaître dans ces vers de Paul Eluard : « La nuit n’est jamais complète, il y a toujours, puisque je le dis, puisque je l’affirme, au bout du chagrin, une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée, il y a toujours un rêve qui veille ». Alors, merci à Jésus, Fils de Dieu, d’avoir osé venir chez nous prendre nos routes pour nous guider vers la Lumière, merci à Paul Eluard pour son message d’espérance et merci à la lune de m’éclairer la nuit quand elle est là.

BONNE ET JOYEUSE FÊTE DE NOËL

Cette année a été une année assez difficile, me demandant si je pourrais faire face.

En premier lieu, je suis très déçu par le lancement de notre Association : « Idriss » qui devrait être financée par l’UNICEF, il y a effectivement un petit dispensaire qui prend gratuitement nos malades du sida, prisonniers mais il y a si peu de médicaments qu’il faut aller les acheter en ville. Et, aucune aide pour les démunis comme cela avait été promis. Aucun remboursement pour l’argent dépensé pour le lancement. Je tenais à cette Association qui devait me remplacer quand je ne serai plus là, personne n’est éternel. De plus, Delysse Barka, mon infirmier qui m’a toujours secondé jusque là est censé être payé par « IDRISS » puisqu’il y travaille à plein temps et c’est un salaire de misère qu’il reçoit, il avait démissionné de son travail au dispensaire de son Eglise parce qu’il ne recevait aucun salaire depuis 6 mois et il a une femme et deux enfants. Tous ces soucis le rendent dépressif, il se fait soigner à N’Djamena. Il est actuellement au Ministère de la Santé pour parler d’IDRISS .

Mais parlons maintenant de nos amies sidéennes. Deux d’entre d’elles que j’avais beaucoup aidées sont mortes cette année, Anastasie, la maman des deux jumelles, est morte à N’Djamena, chez sa tante qui l’avait recueillie pour s’occuper de ses enfants et du ménage, étant incapable de gagner sa vie à Pala, je lui avançais l’argent pour son commerce mais cela ratait, à chaque fois, il fallait recommencer. Maï, morte en juillet, nous avons prié avec tous les voisins dans son village et nous l’avons enterrée dans le champ à 100 mètres de sa case.

J’ai failli perdre Acheta en octobre, elle perdait du poids, avait la diarrhée, elle ne pouvait plus supporter son médicament, et pourtant c’était la seconde fois que notre médecin Jossi, hollandaise, l’avait changé pour la même cause. Cette dernière me dit : « Nous allons changer une 3ème fois mais c’est la dernière chance, nous n’avons que 3 sortes de médicaments, si cela rate encore, c’est fini pour elle », or elle était très faible, nous l’avons conduite à l’hôpital pour des perfusions. Puis un repos de 7 jours sans prendre des médicaments et elle a recommencé pour sa dernière chance, je lui ai donné une nourriture abondante : poisson, haricot, bouillie de mil rouge avec lait, légumes frais, et cela semble marcher, elle a repris du poids, et a retrouvé ses forces, ayant supporté son 3ème médicament. Jossi ne veut se prononcer que dans un mois, mais j’ai beaucoup d’espoir.

Et notre pauvre Denise bien connue de Pierre et de Roselyne : raconter toutes ses aventures serait trop long ; un vrai problème qui semble insoluble : elle casse une pompe à eau, incendie une case (la propriétaire l’a battue jusqu’à cracher du sang mais cela va mieux maintenant), renverse au marché des denrées de la voisine devenues invendables etc, tout cela à cause de ses crises d’épilepsie qui arrivent sans crier gare, elle est rejetée par tous même par son oncle qui l’avait acceptée dans son saré dans lequel j’avais construit sa case ; il la chasse 2 mois après, j’ai pu seulement récupéré le toit de tôle et la porte et j’ai refait une case à 300 mètres de l’Evêché où elle se sent plus en sécurité et fera son commerce chez elle. Espérons que cette fois, cela va réussir !

Thérèse, une autre sidéenne me cause beaucoup de soucis, elle a des problèmes de colonne vertébrale qui nécessite une séance de kiné par jour au Centre des Handicapés pendant 20 jours et aujourd’hui est le 1er jour, de plus elle est seule, sans aucun soutien, quand elle pouvait marcher, je lui donnais de quoi faire un petit commerce mais couchée, ce n’est plus possible, il faut lui donner de quoi manger.

Arrêtons avec nos amies sidéennes, les autres causant moins de problèmes, pour vous parler d’un événement qui a endeuillé le diocèse de N’Djamena, le décès de Mgr Ngarteri, premier évêque tchadien. Surprise, le Président a décrété un deuil national ; pendant 3 jours tous les drapeaux sur le territoire étaient en berne. De plus, le Président a tout fait pour le sauver en l’évacuant sur la France avec l’avion présidentiel, mais c’était trop tard, il est mort dans l’avion. Avant la cérémonie liturgique des funérailles, il y a eu la cérémonie officielle à la place des Nations. Tous les évêques et prêtres du Tchad, quelques évêques du Gabon et du Cameroun les autorités religieuses protestantes et musulmanes étaient présents. Beaucoup de discours, le Nonce, le Pasteur, l’Iman, notre évêque, Mgr Bouchard, en tant que Président de la Conférence Episcopale et pour finir, le Président de la République lui-même. Tous ont admiré le travail inlassable de Mgr Ngarteri depuis plusieurs années, pour la Coexistence Pacifique, de la Justice et de la Paix, en collaboration avec les autorités de l’Etat. Et notre évêque d’ajouter : « Mais prier ensemble pour la paix entre croyants de différentes religions est-il contraire à l’indépendance et à la laïcité de l’Etat ? Est-ce que ce ne sont pas plutôt les extrémistes de tous bords qui sont dangereux pour un Etat démocratique ? Je crois qu’il est très significatif que la cérémonie des funérailles de Monseigneur Ngarteri ait lieu aujourd’hui, le 28 novembre, sur la place des Nations, jour anniversaire de la Proclamation de la République, devenu Journée Nationale de la Coexistence pacifique, journée qui lui tenait beaucoup à cœur. » Monseigneur avait aussi beaucoup œuvré pour l’entente entre les religions.

Et la Cathédrale de N’djamena qui avait perdu sa belle toiture en voûte de bateau, est maintenant en chantier, avec l’aide de l’Etat, elle va retrouver sa belle toiture.

Je vais terminer par la Prison, qui me cause beaucoup moins de soucis et d’argent que dans mon travail auprès des sidéens, des handicapés et des pauvres en général.

Il me faut parler d’abord de mon aventure avec le prisonnier évadé, puisque Jean l’a appris d’un voisin qui l’a entendu, je suppose, à la radio. Je trouve cela assez cocasse parce que les évasions sont monnaies courantes à la prison de Pala. Le mien est un sidéen qui, en plus crache et pisse le sang. Notre médecin Jossi ne veut pas le soigner sans le voir et refuse d’aller à la prison, le Régisseur me demande de le conduire à notre Centre puisque je connais l’endroit. Mon erreur est de ne pas exiger un garde, mais malade comme il était et surtout que c’était dans son intérêt d’être soigné, je tente de le conduire au « Cédiam » (notre Centre diocésain pour le Sida )mais pendant que je cherche Jossi, il se sauve, le pauvre a été vite repéré, suivi et rattrapé par le Régisseur et un garde armé, huit jours après. C’est Delisse mon infirmier qui va essayer de le soigner dans la prison quand il reviendra de N’Djamena.

Mon travail à la prison est surtout maintenant spirituel depuis les secours reçus par l’Union Européenne, c’est vrai que l’infirmier brille par son absence ; heureusement Delysse va faire son travail. La condition des prisonniers s’est beaucoup améliorée, mais il y a toujours le problème du surnombre, 147 actuellement près du record qui est 150. Quand je suis arrivé en 2005 et pendant plusieurs années ils étaient une quarantaine, le chiffre normal. Pour la prière du dimanche, je suis seul avec la sœur Marguerite qui a bien voulu me seconder, une aide bien appréciable. J’aime bien aussi faire la catéchèse car je peux dialoguer avec quelques uns plus en profondeur. A part cela, je fais surtout le lien avec leur famille soit en téléphonant soit en allant voir la famille si elle est à Pala. Je continue à leur acheter tapettes, pantalons et chemises mais cela ne va pas très loin.

Je ne peux pas terminer sans vous souhaiter une heureuse Année, qu’elle soit pour vous source de joie et de connaissance de soi qui nous font souvent grandir. Et, je vous dis à l’Année prochaine

Hervé Givelet
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