Tous les articles
Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Ordination presbytérale de Renaud Saliba

Récit de la célébration

« Tu seras, devant tous les hommes,
témoin de ce que tu as vu et entendu...»
(Actes 22,13)

Le vieux prêtre s’est assis dans le choeur, au dernier rang. Il n’en est pas à sa première ordination et pourtant, comme à chaque fois, il sent bien qu’il s’y joue quelque chose d’unique, un goût de premier matin du monde. Il est entré en procession avec tous ses confrères prêtres, Oblats et diocésains ; « Chantez, priez, célébrez le Seigneur ! » a alors proclamé l’assemblée. Oui, l’ambiance est résolument à la fête, admirablement soutenue par une chorale, jazzy plus que liturgique ; ça fait du bien !

« De mon temps… », doit-il se dire ! De fait, les ordinations pré-Vatican II laissaient peu de place au couple piano-batterie, pas plus qu’aux femmes d’ailleurs ! Et celle qui, aujourd’hui, anime les chants suffit à ne pas regretter le « bon vieux temps » !

Il est assis dans le chœur et son regard pointe vers la splendide charpente en bois. Ambiance « grange », ou « chalet de montagne », tous rassemblés autour d’un autel-cheminée, centre du rayonnement. Qu’il est bon d’être ensemble !

La célébration a commencé, simple et chaleureusement enthousiaste. On n’ordonne pas un gamin mais un homme, encore jeune certes, mais dont le parcours dessine déjà un sillon porteur d’amples moissons à venir. Au micro, les paroles se suivent ; celles du Provincial qui présente Renaud en reprenant une de ses convictions : « Ce ne sont pas les faits qui sont importants, mais les enchaînements » ; celles de Véronique Margron, doyen de la faculté d’Angers, sur la transmission de la Parole de Dieu, « liberté et vérité pour ceux et celles qui acceptent de lui ouvrir leur vie » ; celles de monseigneur Santier qui redit sa joie profonde de vivre cette ordination le jour même de l’anniversaire de la conversion de saint Paul, « infatigable serviteur et annonceur de la Parole », jour même du cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II par Jean XXIII.

La célébration avance doucement. Les jambes croisées, les mains posées sur son aube, le vieux prêtre ferme les yeux. Ces paroles, ces gestes, l’ample liturgie de l’ordination qui, progressivement, déploie le Mystère, simplement, profondément… Il revit des choses, repense à sa propre ordination : « Ce jour-là, je vivais quelque chose de semblable. Où en suis-je aujourd’hui ? » Se dessine un sourire : « Toutes ces paroles me rappellent un tas de choses que je devrais faire… » ! L’émotion aidant, qui gagne tranquillement toute l’assemblée, il le sent bien, il va verser une larme… de bonheur, s’entend ! Quand on est ancien et qu’on voit que cela continue, des jeunes vaillants, bien solides sur leurs pieds - bien équipés aussi - qui continuent à faire ce que les anciens ont fait, à savoir annoncer l’Evangile, alors, oui, perlent les larmes !

« Peuple de croyants aux mille visages, frères et sœurs de tous les temps » lui fait chanter la si envoûtante litanie des saints, renouvelée pour l’occasion. Sa mise en espace sonore fait subtilement éclater les frontières : une seule et même famille humaine réunie par-delà l’espace et le temps… Jamais refrain conciliaire n’aura été à ce point symbolisé ; en ces temps d’intolérance communautariste, il est bon de recevoir le souffle de ce clin d’œil prophétique, à laquelle la longue imposition des mains vient apposer comme un point d’orgue : au milieu d’un « peuple de saints », c’est un « peuple de prêtres » qui se déploie au-dessus de la tête de Renaud, suggérant un avenir fait de service, humble et résolu, de la Parole !

La cérémonie se prolonge. Là-bas à gauche, une vingtaine d’enfants font preuve d’une étonnante attention pour bientôt quatre-vingt dix minutes d’immobilisme contenu. A l’autel, l’évêque, épaulé du pas-encore-tout-à-fait-sec jeune prêtre, consacre le pain et le vin. Un gamin joue avec ce qui fut jadis, feuille de chants et que la magie de l’origami a transformé en avion supersonique à impulsion bionique. Soudain il la pose, regarde vers l’autel, et mime discrètement les gestes eucharistiques de l’évêque, avant de reprendre son plan de vol vers les étoiles. Prêtre ou aviateur ? Bien malin qui pourra dire dans quel sens poussera cette graine de vocation !

Les chants jazzés se succèdent dans une assemblée progressivement gagnée par un très discret mais profond rythme cadencé. Cent vingt minutes plus tard, il faut se rendre l’évidence, tous ont vécu un moment exceptionnel : « Impression d’être sur une autre planète » dira Renaud dans son mot de remerciement, faisant face à ses parents visiblement, et légitimement, émus.

Tandis que les prêtres sortent, en procession ou directement par le fond de l’église, l’évêque descend tranquillement l’église par l’allée centrale en serrant chaleureusement des mains, pasteur au milieu de son peuple. Le vieux prêtre, lui, redresse sa carcasse et sourit. Il repense aux mots du Provincial : oui, durant ces deux heures, il faut bien le dire, un peu magiques, un étonnant enchaînement a emmené chacun plus loin, plus haut et plus beau !

Bertrand Evelin
Documents
Ordination de Renaud Saliba
Contact Hébergeur : Arsys © Missionnaires oblats de Marie Immaculée - Province de France - 2013