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Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Messe officielle du festival d'art lyrique

Homélie du 19 juillet 2009

Venez à l’écart pour vous reposer un peu, l’invitation nous est lancée. Au cœur de ce temps de festival, la parole nous invite à une pause, à un repos. A chacune, chacun, ce matin il est lancé l’invitation à une respiration intérieure, un repos pour entendre l’intérieur de notre être. Cette invitation que le Christ fait à ses disciples, elle nous est reconduite par la liturgie, alors que les disciples reviennent d’un temps d’annonce, de rencontre, de travail de guérison, d’exposition à l’autre. Jésus les invite à une pause, à une prise de distance. Il est intéressant, en réouvrant l’évangile de Marc, de constater que cette invitation arrive juste après l’épisode de la décapitation de Jean le Baptiste, décapitation symbole d’un monde ancien où le mensonge prévaut en supériorité à la vie d’un homme, la tête de Jean le baptiste n’a pas de poids face au mensonge à préserver dans la vie de Salomé et de son roi ; l’invitation à se mettre à l’écart précède l’épisode de la multiplication des pains et poissons, cette annonce de l’Eucharistie lieu où se révèle la communion réalisée entre la chair humaine qui est à cet endroit dans l’acceptance des ses limites et dans l’accueil du don sans limite de l’humble puissance d’amour de Dieu.

Venez vous reposer, venons réentendre ce que produit l’expérience christique au cœur de l’humain. Déposons ce qui a fait violence et chaos et laissons poindre et émerger ce qui fait unité.

Le glaive qui tranche, qui décapite, n’est plus l’unique vainqueur car en se mettant à l’écoute de la voie intérieure, il devient possible de se recentrer et d’entrevoir les chemins de communion possibles.

Se recentrer ou se centrer, en cheminant depuis le début du festival sur les lieux et les différentes propositions master class, colloques, représentations et rencontres, la question du centre et de qui est au centre a fréquemment traversé mon esprit et ma méditation.

Dans une des interventions de Annielo Carmelo au colloque sur le travail éducatif, il relatait une expérience faite dans un lycée professionnel. Il était question à un moment de la difficulté pour l’étudiant à se tenir au centre de la scène. Difficulté vécue comme une immense peur face au regard des autres, le regard du groupe devient une hantise. Lorsque le travail de prise de confiance a été effectué dans le temps et dans l’échange et lorsque l’ apprivoisement du regard du groupe est atteint, cette peur s’estompe et, se tenir debout à cet endroit est une vraie découverte pour l’étudiant. En effet, habitant son rôle, l’étudiant qui assume cette place centrale devient le lieu source de communication avec les autres de la scène ainsi qu’avec le plus large, la salle, le public. A ce moment, quelque chose se révèle, il découvre en lui des capacités insoupçonnées et se sent à la fin du travail également bien mieux " dans ses baskets ", un peu plus debout dans son humanité et sa relation à autrui.

De même, j’étais frappé dans une des masters class de l’académie de musique de chambre, combien l’invitation était faite aux jeunes musiciens de s'effacer, de se décentrer, pour se laisser traverser complètement par la musique et faire corps avec cette dernière. Comme si, lorsque l’unité se réalisait, un ailleurs s’ouvre, la musique renaît et l’humain devient le vecteur du plus large et du transcendant.

Alors, se mettre à l’écart pour mettre le Christ au centre, en premier lieu accepter le décentrement, se regarder en vérité dans le miroir comme certaines productions du festival nous y invitent. Puis aller au-delà du miroir et découvrir que le Christ ne se place, lui, jamais au centre ; découvrir que si moi, je le mets au centre, il me replacera dans la relation à l’autre ou dans le visage de l’autre en lequel il se révèle, souvent le visage de l’humble qui assume sa tâche, sa responsabilité. Mettre le Christ au centre, c’est accepter de participer à la relation d’Amour qui le lie au Père et à l’Esprit. C’est se mettre à l’écart pour faire place et écouter la douce violence de l’amour qui circule en nous, et entendre là où cet Amour fait de moi, non pas le centre, mais l’unique, le nécessaire, pour que la vie advienne. De même c’est une invitation à entendre là où cette participation à la circulation de l'Amour fait de moi un accueillant, celui qui contemple les forces de vie et de beauté qui traversent ce monde.

Aller de l’expérience spirituelle qu’ouvre la fréquentation de la beauté à la rencontre de la personne du Christ : l’invitation est faite ce matin à chacune, à chacun ; pour reprendre, en terminant, la parole de l’apôtre Paul : Soyez des habitants de la maison de Dieu, soyez, soyons, des habitants du lieu où, au centre de la demeure, se trouve la relation d’amour, relation qui ne cesse de produire de la vie au-delà de toute mort, et habitons une humanité unifiée ou rien n’éteindra et ne fera taire la lumière et l’espérance

Dominique Dessolin
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