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Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Messe officielle du festival d'art lyrique

Homélie du 13 juillet 2008

En laissant résonner la parole que la liturgie nous donne à entendre aujourd'hui et en ouvrant cette résonance aux éléments capturés et croisés ça et là depuis le début du festival, je nous propose quelques pistes de méditation.

Lors du colloque, pour en finir avec l'esclavage, P. Sellars rappelait que le théâtre lyrique « a été créé par les Grecs pour soutenir une démocratie, susciter une écoute plus profonde, plus juste. » Ce propos a trouvé résonance en moi par rapport à la première lecture où il nous est redit combien la parole est un vecteur nécessaire et indispensable à la création plénière de l'humanité. Elle est de l'ordre de ce qui traverse l'humanité, la féconde et peut lui donner d'habiter le pays de la paix et de la joie.

Elle est, la PAROLE, ce qui est donné à l'homme pour le distancier du règne animal et croiser le chemin du Divin.

Cette parole, lorsqu'elle se fait mélodie et chant, est, à cet endroit, de façon plus explicite, ce lieu où la transcendance devient tangible. Alors, la capacité à devenir co-créateurs, à laquelle nous sommes tous appelés, s'avère palpable.

Heureux sommes-nous d'habiter la ville en ce temps de festival et, comme ce matin à travers le partage des talents des interprètes mis au service de la liturgie, de communier à cet autre chemin de parole que sont le chant et la musique ! Chemin de création, chemin de réalisation d'une œuvre ; à cet endroit, il nous est rappelé combien la place de chacun et de chacune est importante pour qu'accomplissement de création il puisse y avoir !

Nous sommes entrés dans la célébration sur le chemin ouvert par la musique et l'interprétation talentueuse de Bernard Foccroule. Je me permettrai de mettre en résonance deux de ses paroles, celle où il nous redit que « l'art est aux antipodes de tous les nationalismes, tous les intégrismes, ces mécanismes qui détruisent l'homme », ainsi que l'appel « à rentrer en résistance aux formes de tout pouvoir. »

Ces deux phrases, ainsi que tout le travail de réflexion et d'exposition à propos de la lutte contre toute forme d'esclavage, trouvent un écho particulier dans la parole de la lettre de Paul aux Romains. Paul nous y redit combien, à travers la volonté de manger l'autre et de nier sa présence, ce « vouloir occuper tout l'espace extérieur », l'homme est devenu esclave de sa volonté destructrice et des puissances de mort qu'il habite.

Comment retrouver ce chemin de l'éclatante de liberté dont nous parle Paul ? Il en est de même dans l'Évangile de Mathieu où l'image du grain tombé en terre renvoie, à chacune et chacun d'entre nous, l'interrogation sur la capacité à accueillir la vie comme un don. De même, la question : « Sommes-nous capable de générer suffisamment d'espace en notre être intérieur pour permettre à ce don de croître ? » nous est reposée à travers cette parabole ; chemin d'acceptance, chemin de rigueur à ne pas se laisser toujours envahir par la volonté de consommer l'autre, de le nier, de l'engloutir ; chemin qui peut faire de nous des filles et des fils de Dieu car nous avons été capables de partager une différence et une fraternité humaine.

Alors qu'à travers ce temps du festival nous somme invités à des chemins de communion musicale, à entendre au-delà de ce qui semble être là, le temps de l'eucharistie, de l'action de grâces, vient nous rappeler, à travers le partage du pain et du vin, que la participation au mystère divin passe par la reconnaissance de notre chair comme le lieu où le chemin de Dieu est venu habiter la pâte humaine. Chaque femme, chaque homme porte aujourd'hui la trace de cette présence divine à l'œuvre. Alors nier l'autre, en faire son esclave, c'est nier Dieu.

Nous sommes donc invités à poursuivre la route, celle ouverte par les premiers chrétiens qui étaient prêts à mourir plutôt que d'être esclave de faux dieux. Entrons en résistance à ce qui opprime l'homme afin de pouvoir laisser émerger la meilleure part, celle où, parce que nous nous acceptons frères et sœurs en Christ, nous ouvrons la porte à la filiation divine et à la prise au sérieux de notre condition de filles et de fils de Dieu.

Aujourd'hui nous sommes invités à nous libérer de toutes les images de Dieu auxquelles nous nous sommes asservis et, avec la parabole du semeur, nous voilà réinvités à accueillir un Dieu qui interpelle notre courage et désir à lui faire place ; un Dieu qui nous invite à quitter les chemins où sécurités, peurs et asseptisation de la vie font acte de tout pouvoir.

Dominique Dessolin
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